Les familles Le Quesnoy et Groseille n'auraient jamais du se rencontrer. Mais elles apprennent que douze ans plus tôt, conséquence d'une embrouille sentimentale entre une infirmière et un accoucheur, leurs nouveaux-nés ont été échangés.
Etienne Chatiliez réalise une satire de moeurs aussi subtile que vacharde. Par le biais du jeune Momo (Benoît Magimel, eh oui), réintégrant la famille Le Quesnoy contre rétribution des Groseille, le réalisateur met en parallèle les existences contrastées des uns, représentation caustique de la bourgeoisie catho, et des autres, façon de Thénardier de banlieue. Le ton est corrosif et c'est dans les portraits plus que dans le scénario -où l'on suit désormais la tentative d'adaptation du "sauvageon" Momo dans sa nouvelle famille de bourgeois insipides- que la comédie est la plus habile.
Au mode de vie châtié des Le Quesnoy (mère au foyer, père cadre supérieur), entre catéchisme, argenterie et habits du dimanche, répond celui, populaire et vulgaire, des Groseille. Ma préférence de spectateur va aux premiers, peut-être parce qu'ils ont été moins souvent et moins bien dessinés au cinéma (à l'époque), tandis que les Groseille ont été, d'une certaine manière, consacrés par les Deschiens. André Wilms et Hélène Vincent, dans le rôle des parents Le Quesnoy, sont excellents. Aidés par des dialogues savoureux, ils sont remarquables dans l'expression des valeurs de leur classe, à peine caricaturée, autant que dans le désarroi, voire l'abattement, où les plonge l'intrusion des populeux Groseille.