Il y a vraiment quelque chose de gênant à imaginer qu'en 2023, le fantasme d'une femme soit d'être traitée moins bien qu'un chien (littéralement) : humiliée, sans aucun libre arbitre, soumise et dépendante émotionnellement à son maître, alors que d'autres femmes n'ont pas la chance d'échapper à cette situation qu'elles ne trouvent pas "sexy", elles... On comprend ce que Joanna Arnow a voulu faire, en défendant le droit de fantasmer sur absolument n'importe quel sujet, aussi extrême (et casse-gueule) soit-il, mais cela valait-il une séance de 1h20 à la voir enchaîner les fellations (filmées de façon très racoleuse), à la voir obéir en boucle à des ordres stupides, à la voir se faire insulter copieusement (on a compris l'idée au bout de cinq minutes... Au-delà on se demande si la réalisatrice n'aurait pas mieux fait de faire une sex-tape personnelle dont elle aurait été la seule spectatrice...). On saisit vite ce que Joanna Arnow veut défendre (le fantasme sexuel du martyre), mais son personnage qui fait la tronche et est désobligeant tout le film, le montage mou du genou, l'idée du scénario qui est assez consistant pour durer cinq minutes (pas plus), et le parallèle malheureux qu'on ne peut s'empêcher de faire avec les femmes qui subissent leur genre sexuel au quotidien, sont traitées comme des chiens sans l'avoir demandé...rien n'est bien enthousiasmant dans La Vie selon Ann. On reste courtois en disant que cette dame a la chance que ce fantasme de maltraitance physique et morale reste un choix, quand le fait même d'avoir ce choix est le fantasme en soi de millions d'autres femmes.