De quoi est faite La Voyageuse ? De réalisme, oui pour la texture ou l’étalonnage, non car l’humour, qui cadence le film, repose entièrement sur l’invraisemblance et la légère absurdité. De théâtre, oui pour les échanges, le rôle des décors et la division en actes, non car c'est un cinéma de plein air, il ne tiendrait pas sur un plateau à moins de trop grandes concessions. De poèmes, comme apprentissage du langage de l’autre, oui car ils servent de ponctuation, non car il est prouvé à plusieurs reprises qu’ils ne sont pas au cœur du sujet et arrivent chaque fois pour engendrer un événement (répétition, improvisation…), qui participe davantage à la poésie souhaitée. La Voyageuse est donc une prouveuse qui, comme tous les précédents Hong Sang Soo, cherche encore à attester de quoi est fait un film et pourquoi il l’est, et se félicite d’avoir trouvé comme laboratoire un petit coin tranquille entre les drames. Le personnage de Huppert reflète ce cinéma de la vanité qui, loin de laisser les choses se faire, souhaite se convaincre de l’existence des êtres en les provoquant par des méthodes répétées en boucle. Heureusement il est expert en sa science, l'énergie passe toujours et chaque nouvelle expérience contient sa paire de miracles. Le constat reste terrible : un artiste qui cherche à ce point à retrouver une impression de vie doit sans doute au fond se croire mort. Cette contradiction entre l’assurance d’une certaine vérité (ici la sincérité, dont le film se porte garant), et le doute aberrant qui la fait trembler, c’est ce qui crée la compassion et rend ses films charmants.