Lady Paname est la seule réalisation de l'immense dialoguiste Henri Jeanson. Pourquoi ? Peut-être parce que, commercialement, l'ensemble a été une déception. Pour être plus précis, le film avait fait deux millions d'entrées lors de sa sortie en salles. Ce qui était au tout début des années 1950 un score honorable, mais pas incroyable non plus, d'autant plus, en comparaison, que trois ans plus tôt, l'excellent Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot, qui réunissait aussi Louis Jouvet et Suzy Delair, avait fait cinq millions et demi d'entrées. Donc, le résultat a pu décevoir. En outre, la réception critique a été plus que mitigée. Et, franchement, en voyant le long-métrage, je comprends pourquoi.
Sans surprise, les deux grandes qualités de l'œuvre sont les dialogues et l'interprétation. Pour les dialogues, je ne m'attendais pas à moins de la part d'Henri Jeanson. Quant à l'interprétation, quand on a Louis Jouvet — étincelant comme cela était son habitude dans un personnage évidemment haut en couleurs — et Suzy Delair — énergique et avec un charme gouailleur — au casting, le contraire aurait été étonnant.
Les problèmes résident en fait dans la réalisation et surtout dans l'écriture.
Le film se veut un hommage au Paris des années 1920 et en particulier au monde des cabarets de cette époque. Ce qui veut dire que le tout est ponctué de numéros musicaux. Numéros musicaux très platement filmés (dans le choix des cadrages, dans le montage !), prenant beaucoup de place sur la durée du film, contribuant fortement à insuffler une pesanteur statique finissant par rendre le tout peu captivant.
Et quand ça ne chante pas, Lady Paname s'englue dans un enchevêtrement de trop d'intrigues qui fait qu'aucune d'entre elles n'a un tant soit peu de continuité et d'approfondissement, sans parler du fait que de trop nombreux personnages secondaires manquent sérieusement de consistance pour les mêmes raisons. L'intrigue, parmi les multiples du bousin, la plus révélatrice de ce problème est l'histoire d'amour. Dans cette dernière, les sentiments arrivent tout faits, débarquant absolument de nulle part, sans déjà que des bases solides soient vraiment posées pour commencer, sans gradation ni ambiguïté par la suite... bref, sans une trajectoire dramatique un minimum pensée et construite. Ce qui a pour conséquence qu'inévitablement, je n'y ai pas cru du tout. Suzy Delair a beau faire ce qu'elle peut pour donner un aspect un peu tragico-émotionnel à cette espèce de fil narratif, ça ne fonctionne évidemment pas. Quand le scénario est mauvais, le résultat global est forcément mauvais.
Non, mais sérieux, comment un type qui avait collaboré auparavant avec des pointures comme Julien Duvivier, Henri Decoin ou encore René Clément a pu se planter autant ?