On le sait, les sujets du harcèlement sexuel et de la masculinité toxique font les choux gras du cinéma depuis une dizaine d’années et l’avènement du mouvement MeToo. On l’a vu à toutes les sauces et au sein de tous les genres, de l’horreur à la comédie en passant par le thriller, mais certains films parviennent encore à sortir du lot et « L’affaire Nevenka » en fait partie. Tiré d’une histoire vraie du premier cas de ce genre référencé et médiatisé en Espagne dans les années 90, il met en lumière une époque où il était très difficile pour une femme de se faire entendre sur ce sujet sans qu’elle soit traitée de menteuse ou d’arriviste. Ou les deux.
Le long-métrage nous remet impeccablement dans l’atmosphère de cette période où les rapports hommes-femmes étaient donc encore sous le coup d’un certain patriarcat fort et sans gêne. Une époque où la domination des hommes, notamment les puissants, sur la gent féminine ne souffrait d’aucune critique. L’affaire développée ici démonte parfaitement les mécanismes insidieux de domination par le pouvoir qu’un homme mur et faisant partie de l’élite régionale pouvait exercer sur une jeune femme naïve et innocente. La manière dont cela commence avec les regards, les gestes et les attentions d’un homme sur sa proie qui définissent tout ce qu’un pervers narcissique peut utiliser comme outils pour faire plier sa victime jusqu’à la briser est décrit dans « L’affaire Nevenka » avec doigté et minutie.
Dans le rôle principal Mireia Oriol est confondante de justesse, entre la jeune femme qui se laisse gentiment prendre au piège au début puis qui se retrouve enfermée dans un étau étouffant aussi bien au travail que face au regard d’une société encore bien conservatrice et peu encline à écouter ce genre de témoignage. Jusqu’au point de bascule, où elle craque et où l’on ressent sa détresse puis ensuite sa combativité. En face, Urko Ulazabal est aussi tétanisant que repoussant, comme le demande ce rôle de prédateur libidineux. Dans la peau de cet amoureux transi qui n’est en fait qu’un pervers manipulateur et répugnant, il permet un duel d’acteurs de haute volée.
« L’affaire Nevenka » est une œuvre hautement factuelle, jamais trop démonstrative à vouloir en faire trop ou trop frileuse à ne pas vouloir en montrer assez. La réalisatrice Iciar Bollain dose ses effets et ne tombe jamais dans le manichéisme, déroulant sans fausse note la descente aux enfers de la victime. Sans être un chef-d’œuvre, le film ne souffre cependant d’aucune scorie notable ni d’aucune baisse de rythme. Le drame qui se joue agit comme un suspense qui nous prend aux tripes de sa victime durant près de deux heures et parvient à innover sur un sujet pourtant traité dans tous les sens depuis quelques temps.
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