Laila Majnu
Laila Majnu

Film de Sajid Ali (2018)

Voir le film

Laila Majnu (2018) : une romance tragique solaire mais imparfaite

Dès le début, j’ai été captivé par la performance solaire d’Avinash Tiwary, qui apporte une énergie vibrante au personnage de Majnu. Même si je savais que l’histoire finirait mal — après tout, Laila et Majnu est une tragédie connue, un classique comparable à Roméo et Juliette — j’ai ressenti une curiosité profonde pour la façon dont le film allait raconter ce mythe.


L’imagerie m’a particulièrement touché, d’autant plus que j’ai visité Srinagar, ce qui a ravivé une nostalgie à travers la beauté envoûtante de la vallée du Cachemire. L’alchimie entre les acteurs principaux m’a happé tout au long du récit, rendant chaque scène intense et émouvante.


L’histoire est racontée de manière fluide et respecte bien la tragédie classique de Laila et Majnu. Cependant, j’aurais aimé que le film intègre davantage d’éléments traditionnels du Bollywood, notamment des scènes de danse et de chorégraphie, qui auraient apporté plus de dynamisme et de couleur à la narration.


Sur le plan de l’authenticité, c’est appréciable que le casting comprenne de nombreux acteurs kashmiris, musulmans comme pandits, ce qui apporte une vraie crédibilité culturelle. Pourtant, j’aurais préféré voir une actrice kashmiri incarner Laila pour renforcer encore cette authenticité. D’ailleurs, la manière dont Laila est parfois présentée, avec ce côté un peu « pick-me girl » ou flirt superficiel, m’a un peu fatigué, car ça ne correspondait pas toujours à la profondeur du personnage.


Par ailleurs, un gros manque pour moi : on ne sait rien des quatre années que Qais a passées à Londres. Ce passage aurait pu offrir une dimension intéressante à son personnage et expliquer son retour marqué par la folie, mais il reste totalement absent, ce qui laisse un vide dans le récit.


Avinash Tiwary est tout simplement extraordinaire dans ce rôle. Il incarne un personnage solaire, larger-than-life, avec un charisme naturel qui capte l’attention dès les premières scènes. Il est impressionnant en jeune homme un peu arrogant, plein de vie, puis on voit son cœur se briser profondément lorsque Laila le rejette la nuit de son mariage avec un autre homme. Sa descente dans la folie est bouleversante : il devient un vagabond perdu dans sa douleur, mais malgré sa déchéance totale, on reconnaît toujours le beau Qais d’antan.


En revanche, Triptii Dimri m’a un peu dérangé dans ses scènes dramatiques. Elle est jolie et joue bien, mais je ne suis pas sûr qu’elle ait été le choix idéal pour ce rôle. J’aurais préféré voir Sadia Khateeb (connue pour Shikara) qui, je pense, aurait apporté une authenticité et une intensité plus adaptées au personnage de Laila.


Le film aborde plusieurs thématiques fortes, notamment le chantage affectif et les mariages arrangés, soulignant la pression sociale et l’importance de la réputation familiale dans certaines communautés. L’amour qui rend fou, le sacrifice personnel au nom de la famille, sont au cœur de ce récit tragique.


Laila Majnu réussit particulièrement bien à transmettre un message puissant : lorsqu’on sacrifie son amour véritable pour préserver l’honneur familial, c’est une perte pour tous — autant pour les amants que pour la famille elle-même. Cette idée de double peine rend la tragédie d’autant plus déchirante.


Un autre point intéressant est l’intégration de chansons en kashmiri, mélangées à de l’hindi, qui apportent une touche culturelle authentique et renforcent l’atmosphère particulière du Cachemire.


La photographie et les décors sont impeccables ; j’ai vraiment retrouvé le Srinagar tel que je l’ai vu en 2019, avec ses paysages magnifiques et son atmosphère unique. Cela donne au film une authenticité visuelle qui transporte le spectateur directement dans la vallée du Cachemire.


La musique, quant à elle, est bonne mais pas inoubliable. Contrairement à Saiyaara, où j’avais immédiatement ajouté l’album à mes favoris, Laila Majnu aurait peut-être bénéficié d’un compositeur plus marquant. Néanmoins, j’ai beaucoup aimé la chanson Sarphiri, interprétée par Shreya Ghoshal et Babul Supriyo, ainsi que Hafiz Hafiz, qui reprend la chanson folk Hukkus Bukkus, un joli clin d’œil aux racines culturelles du film.


Le saut temporel de quatre ans m’a vraiment déçu. J’aurais aimé voir en détail la déchéance des deux personnages pendant cette période cruciale. Par exemple, le mariage raté de Laila, avec un mari alcoolique et violent, aurait pu apporter une profondeur dramatique importante.


De même, la lente descente de Qais dans la folie, son attente obsessionnelle du retour de Laila, et la façon dont il perd progressivement pied auraient gagné à être explorées plus longuement. Ce passage, essentiel pour comprendre la tragédie finale, est malheureusement réduit à une ellipse un peu frustrante.


Je n’ai jamais vu d’autres adaptations de la légende de Laila et Majnu avant ce film, donc je n’ai pas de point de comparaison direct.


Cela dit, Laila Majnu s’intègre bien dans le cinéma romantique indien moderne, avec son approche intense, réaliste et sombre de l’amour tragique, qui tranche avec les romances plus légères ou grand public.


Je recommande ce film aux amateurs de cinéma indien qui sont ouverts à une approche plus poétique et soufie de l’amour tragique. Laila Majnu est une œuvre bien réalisée, touchante et immersive, mais je ne le qualifierais ni d’inoubliable ni de culte.


Avec une bande musicale plus marquante et une actrice principale plus convaincante, il aurait sans doute atteint un autre niveau. Malgré cela, il garde une place spéciale pour sa sincérité et son esthétique.



Dilou78230
8
Écrit par

Créée

le 5 août 2025

Modifiée

le 5 août 2025

Critique lue 4 fois

Dilou78230

Écrit par

Critique lue 4 fois

Du même critique

Laila Majnu
Dilou78230
8

Laila Majnu (2018) : une romance tragique solaire mais imparfaite

Dès le début, j’ai été captivé par la performance solaire d’Avinash Tiwary, qui apporte une énergie vibrante au personnage de Majnu. Même si je savais que l’histoire finirait mal — après tout, Laila...

le 5 août 2025

Maa
Dilou78230
6

"Maa" : Quand Kali rencontre Vecna… et Beverly Marsh.

Maa avait de quoi piquer ma curiosité. Un film d’horreur ancré dans la mythologie hindoue, avec Kajol en tête d’affiche dans un rôle de mère confrontée au mal absolu — sur le papier, c’était...

le 3 juil. 2025

Article 370
Dilou78230
7

Le Cachemire à travers un thriller, mais sans toutes ses voix

Article 370 est un thriller politique tendu et efficace, qui m’a tenu en haleine tout du long. Le film réussit à rendre accessible un sujet délicat – l’abrogation du statut spécial du Cachemire –...

le 14 mai 2025