Laissez plutôt entrer la version originale...
Laisse moi entrer est une adaptation américaine du film suédois Let the Right One In (2008).
Pour être honnête, je savais déjà avant d'aller voir le film que celui-ci aurait vraiment beaucoup de mal à arriver à la cheville du film original, tant celui-ci m'avait plus de par sa poésie noire, son rythme, ses jeunes acteurs incroyables (notamment Lina l'actrice débutante jouant Eli) sa musique nostalgique et sa réalisation impeccable et maîtrisée.
Laisse-moi entrer (Let me in) en est vraiment très loin. Ce n'est pas un mauvais film, mais c'est un film plat et anodin, qui passe complètement à côté de la poésie et du charme hypnotique du film suédois.
Il serait intéressant de faire une étude comparée des différentes scènes du film, pour expliquer ce qui fait que l'un est bon et l'autre tout juste correct mais pour résumer ça en quelques mots, je trouve que l'on a vraiment le sentiment que les producteurs ont voulu pour rendre le film plus populaire, accentuer plus que nécessaire les rares scènes un peu "violente" de l'histoire pour essayer de nous vendre le film - j'exagère un peu- comme un "film à suspense" pour ado.
Aucunes scènes ne tient vraiment la route et n'est réellement crédible, Chloe Moretz en Abby est bien trop souriante, lumineuse, blonde, lisse et sûr d'elle pour pouvoir être crédible dans ce rôle, surtout si on la compare à Lina Leandersson en Eli, avec ses long cheveux noirs, son apparence sombre, fragile, fatiguée et maladive, tantôt effrayante et tantôt touchante, pleine de cette tristesse des êtres seuls qui survivent comme ils peuvent dans les coins d'ombres de notre monde.
Au final, les deux films ne sont pas vraiment sur le même ton, malgré des scènes et des dialogues très identiques sur le papier du script. La différence se joue sur des gestes, des jeux de regards ou des silences, qui au final font de Let me in un film un peu bâtard, hésitant entre le film à suspense et la belle histoire d'amour qui finit bien à la fin, là où Let The Right One In est un film profond et poétique, où derrière une histoire au final assez macabre et lugubre, les sentiments les plus profonds, les plus sauvages et par la même les plus forts, les plus sincères et les plus beaux remontent lentement au fil du film, comme ce cadavre sortant de l'eau dans l'histoire, jusqu'à vous troubler et vous laisser au final dans un état de doux rêve plein de tristesse ou alors peut-être de triste rêve plein de douceur. A vous de choisir.
Le mot de la fin, maintenant que vous connaissez l'histoire grâce à Laisse-moi entrer, cherchez à présent l'émotion et la poésie en allant regarder Let the Right One In, la version originale suédoise.