Accroche : Maria et Ingvar, un couple d'agriculteurs, vit isolé dans la campagne islandaise. Tous deux semblent mélancoliques et on devine qu'un drame est survenu dans leur passé. Un jour, un agneau anormal nait dans leur élevage...


Sexymètre : une scène de sexe au service du scénario


Violencomètre : deux meurtres


Inclusimètre (représentation des personnes racisées, LGBT, handicapées…) : zéro


Bechdel test (test de sexisme) : le test est raté


Mon avis : J’aime le plus souvent l’ambiance qu’il y a dans les films fantastiques « venus du nord » et ils me rincent agréablement les yeux de la bouillie américaine écrite à l’IA. Par ailleurs, Noomi Rapace ne m’a jamais déçue. Me voilà donc, abordant Lamb avec enthousiasme mais un rien d’inquiétude : avec un pitch pareil, le film pourrait facilement tomber dans le grotesque et le ridicule.

Il s’agit d’un premier film et laissez-moi vous dire tout de suite que le réalisateur Valdimar Jóhannsson est à suivre, tant sa réalisation est maitrisée. Les plans sont beaux, la narration est efficace, l’ambiance oppressante est parfaitement retranscrite, c’est du beau cinéma.

Le film installe une inquiétude permanente, entretenue par la bande son parfaite et les paysages islandais de nature hostile, noyés d’une brume fantomatique. L’histoire en elle-même est assez simple, celle d’une famille frappée par le deuil, qui reprend goût à la vie. Le premier tiers du film est vraiment parfait. Très économe en dialogues, il montre et fait comprendre subtilement, quasiment sans rien expliquer oralement. Tout se passe par des jeux de regards et j’ai vraiment adoré cela. Le deuxième tiers est moins réussi, avec l’arrivée du personnage du frère dont, à mon avis, on aurait pu se passer et qui parasite le récit principal. La fin vient clôturer le drame d’une manière assez logique.

Les acteurs sont incroyablement justes, spécialement Noomi Rapace. Ils montrent l’émotion sans jamais tomber dans le pathos. Mais les acteurs qui m’ont le plus bluffé, ce sont… les moutons ! Qu’on donne un oscar à cette brebis de toute urgence ! Sérieusement, il y a plus de choses qui se passent sur le visage de cette brebis que sur celui de Keanu Reeves ou de Kristen Stewart dans l’ensemble de leurs carrières arf. Je ne sais pas comment le réalisateur fait pour nous transmettre l’état émotionnel, presque les pensées des moutons, mais ce doit être ça le cinéma. Dans Lamb, les moutons sont de vrais personnages, ils vivent des évènements, ont des sentiments, jouent un véritable rôle dans le drame.

Les effets spéciaux sont de qualité et viennent soutenir le côté dérangeant et malsain de l’histoire. Le réalisateur retarde habilement le moment de montrer l’élément surnaturel, nous laissant le temps de fantasmer sur la nature de la créature.

Lamb est un film fantastique dans le plus pur sens littéraire du terme. Le surnaturel surgit sans explication, vient fissurer le réel, y amener l’étrange. C’est un genre que j’apprécie particulièrement pour son ambiance, son économie de moyens (il ménage généralement ses effets, suggère au lieu de montrer frontalement, entretient le mystère, laisse une place à l’imagination). C’est un genre malheureusement en perte de vitesse dans un cinéma actuel à la recherche permanente de vitesse, d’action qui fait boum, de shock value et de surenchère numérique. Lamb cultive le bizarre jusqu'à s’approcher du surréalisme dans certaines scènes (la couronne de fleurs).

J’ai trouvé particulièrement dommage que l’affiche vende la mèche, même si l’image est belle, avec ce côté vierge à l’enfant.

Au final, j’ai trouvé que Lamb était une très agréable surprise et un bel objet de cinéma. L’ambiance inquiétante, l’interprétation impeccable, la réalisation efficace et les effets visuel réussis m’ont fait passer un très bon moment.


*********** SPOILERS... VOUS AVEZ DIT SPOILERS ? *****************

Spoilons mes gens ! J’ai trouvé l’agneau monstrueux, Ada, particulièrement réussi. Le côté body horror fonctionne à plein régime avec le petit sabot qui dépasse du pull, ses yeux de mouton qui roulent dans tous les sens, ses petites oreilles tout le temps inquiètes, sa façon maladroite de marcher, comme engoncée dans son corps humain. Cependant, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle avant la toute fin. Cette hybridation restait pour moi trop glauque. Ada était pour moi une anomalie dans la toile du réel avant d’être une enfant. J’ai apprécié le choix de ne pas la faire parler. Je pense que c’était la bonne décision.

J’ai trouvé la réaction du chien, qui ne sait quoi faire d’Ada, très bien faite. Est-elle un mouton ? Est-elle un humain ?

Je trouve que le drame fonctionne à la perfection avec la façon dont les moutons sont filmés, notamment la scène où la brebis s’échappe de la bergerie et appelle sous la fenêtre l’enfant qui lui a été volé.

Le personnage de la mère est parfaitement écrit. On sent au début qu’elle est enlisée dans la morosité. Puis, en découvrant l’enfant, une étincelle mi d’espoir, mi de folie s’allume en elle. L’échange de regards au dessus du nouveau-né est brillant. On comprend qu’elle est stupéfaite puis avide, qu’elle supplie silencieusement son mari qui accepte avec réticences, le tout sans un mot. La mère vit de nouveau. A partir de là, elle est prête à tout pour défendre ce bonheur retrouvé par miracle, même à assassiner la mère véritable. On voit que le personnage du père a des doutes au départ mais ne peut refuser cette seconde chance à sa femme. Puis, il se laisse gagner lui aussi par l’amour pour la créature, par la quiétude de l’harmonie familiale retrouvée.

Le couple vit dans un tel état d’euphorie qu’il ne cherche même pas à cacher l’enfant quand le frère arrive. Je trouve que celui-ci sous-réagit à la vue du monstre. Il l’accepte trop facilement. Il n’a pas, lui, l’excuse du trauma. La scène où il emmène Ada dehors pour la tuer me paraît relativement mal amenée. J’aurais aimé mieux voir chez lui le dégoût, la pensée qu’elle est une abomination contre-nature. De même, je ne comprends pas que les parents ne surveillent pas mieux l’enfant, considérant qu’ils en ont déjà perdu un.

Concernant la fin, elle cloture très logiquement le drame. La mère a assassiné la brebis ; l’homme-bouc lui prend donc son mari en juste vengeance et repart avec sa progéniture.

J’ai regretté que l’homme-bouc soit montré. Cela me semble casser quelque chose, être un peu trop direct par rapport au reste du film. Je pense que j’aurais préféré voir son ombre sur le sol ou quelque chose comme ça.


Estellanara
8
Écrit par

Créée

le 2 janv. 2026

Modifiée

le 2 janv. 2026

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