Outlander
6.8
Outlander

Série Starz (2014)

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CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS

Ça fait un bout de temps que j'entends parler de la série Outlander, adaptée de la saga de romans de Diana Gabaldon. Plusieurs copines ont tenté de me la vendre (ou les livres) en me disant "c'est trop bien, y a des beaux gosses en kilt". J'avoue que j'aurais préféré entendre "les personnages sont intéressants" ou "le scénario est bien écrit"...

J'aime bien l’Écosse, j'aime bien les séries / films en costume mais j'avoue que je me suis longtemps laissée arrêter par le côté "c'est pour un public féminin" qui signifie presque toujours deux tonnes de romance mièvre et des personnages respectant les stéréotypes répugnant du patriarcat (se reporter à 50 shades, Twilight et autres produits du même type). J'abordai donc la série avec un froncement de sourcil d'anticipation.


Mes sourcils ont commencé à se détendre avec le personnage principal de Claire, femme indépendante, courageuse, libérée sexuellement, avec une personnalité forte mais sans être pour autant un personnage d'homme affublé de nichons (se reporter à la plupart des femmes "badass" dans les films américains). Claire a des opinions bien tranchées et n'hésite pas à les exprimer fort et clair, elle tient tête aux hommes (parfois jusqu'à l'absurde) dans un monde violent et macho où les femmes n'ont ni place ni voix.

Le casting est sympathique, c'est pittoresque avec ces beaux costumes et ces magnifiques paysages. Le scénario évite plutôt habilement quelques traquenards du style "le personnage féminin est nian nian et attend qu'on le sauve", "le personnage féminin oublie son mari en cinq minutes", "le personnage féminin utilise toujours son charme pour se sortir des situations", "les femmes sont montrées nues sous toutes les coutures mais jamais les hommes"... On note quelques personnages féminins secondaires pas inintéressants. La série passe même le Bechdel test avec succès.

Je commençais à espérer une vraie série féministe, ou au moins non sexiste. Du côté des personnages masculins, celui de Jamie sort clairement du lot. C'est certes une brute médiévale peu subtile, appréciant les bagarres, mais l'histoire nous le présente comme loyal, sensible, protégeant systématiquement de son corps les plus faibles que lui, plein de sollicitude envers l'héroïne. Durant les premiers épisodes, j'étais sceptique concernant ce personnage mais j'avais appris à l'apprécier tant il semblait gentil, un peu naïf, presque vulnérable par moments.

Bref, à ce stade, mes sourcils étaient presque entièrement détendus et je me disais que j'avais peut-être finalement trouvé une bonne série et que finalement quelqu’un proposait aux femmes autre chose que du mou pour les chats les encourageant à trouver leur place légitime dans le patriarcat.


Cela s'est gâté à l'épisode 8. Claire, malmenée par les anglais, est sauvée miraculeusement par un écossais qui, pour la protéger par un discutable artefact scénarique, la force à épouser Jamie (tombé amoureux d'elle dans l’intervalle). Les paresses de scénario comme "le sauvetage arrive toujours à l'instant critique" ou "les personnages principaux sont forcés de se marier par une grosse ficelle artificielle que nous appellerons destin mais font contre mauvaise fortune bon cœur lors de leur nuit de noce" me gênent toujours beaucoup. Même si la scène de leur nuit de noce présente de nombreux points intéressants (Claire pense à son époux légitime resté dans le futur, elle boit pour se donner du courage, Jamie est présenté comme le moins expérimenté, il ne parvient pas à la satisfaire la première fois), elle montre quand même des problèmes (Jaime n'est pas gêné de s'imposer à une femme que l'on marie de force et, comme d'habitude, les auteurs montrent une totale méconnaissance de l'anatomie féminine en montrant Claire ayant des orgasmes par le seul effet de la pénétration). Le côté systématique aussi de "Claire a essayé de s'en sortir seule grâce à son intelligence mais a échoué et est finalement sauvée par un homme" m'ont énormément agacée. Et Jamie a un désagréable profil "prince charmant Disney". Mais le pire était à venir.


Durant l'épisode 9, Claire, sommée par son nouveau mari de rester à un endroit, s'éloigne imprudemment, se fait capturer par les anglais, manque pour la troisième fois de se faire violer, est sauvée de nouveau in extremis. L'usage systématique de la tentative de viol, comme si c'était la seule façon de mettre l'héroïne en danger ou comme si le réalisateur aimait filmer ce genre de chose, me gène beaucoup. Mais pour la suite, la féministe que je suis aurait vraiment dû prévoir un sac en papier pour vomir. Claire a mis en danger les écossais et doit donc être punie. Jamie décide donc de la battre avec sa ceinture. A cette déclaration, j'ai commencé à pâlir. Jamie, fou amoureux de Claire, rendu si heureux par cette opportunité inespérée de l'épouser, jeune mari comblé par une épouse réticente mais reconnaissante, n'allait tout de même pas faire une chose aussi abjecte ? Si.

La pauvre femme, à laquelle le public a été invité à s'identifier fortement par tous les moyens d'écriture et de réalisation possibles, révoltée et horrifiée, cherche à éviter le châtiment mais ne peut lutter contre la force de Jamie. Celui-ci, loin d'exécuter sa sinistre besogne à contrecœur, comme on aurait pu s'y attendre étant donnée la façon dont le personnage a été présenté, affirme même malicieusement y prendre plaisir ("I never said I wouldn’t enjoy it"). Jamie, qui a pris des coups de poing pour éviter à la blondinette de château Leoch d'être battue, Jamie qui a dormi sur le seuil de Claire pour s'assurer que des soudards ivres n'allaient pas profiter d'elle, Jamie qui désapprouve clairement la violence de ses collègues et ne manque jamais une occasion de s'y opposer, ce Jamie était après tout une brute aussi répugnante que ses collègues. Je suis très désappointée par ce manque de cohérence.


Mais l'aspect le plus dérangeant de la scène est la façon dont la réalisation nous la vend. Elle est mise en scène comme une espèce de course poursuite parodique, sur une musique guillerette de comédie. Le réalisateur semble vouloir que l'on s'amuse du malheur de Claire, traumatisée par les précédentes tentatives de viol, trahie et violentée par son mari, son seul protecteur dans ce monde brutal, en qui elle avait toute confiance. Mais la violence conjugale n'a rien de trivial et encore moins de drôle et la présenter ainsi est non seulement moralement immonde mais irresponsable. Je peux vous dire qu'en contemplant cette scène, j'ai blêmi dans mon canapé. A ce stade, le personnage de Jamie était totalement détruit pour moi. Il pouvait mourir dans l'épisode suivant dans d'atroces souffrances sans m'arracher une larmette.

Quelques uns m'opposeront sans doute l'argument du contexte historique ("c'est normal si Hergé était raciste, tout le monde à l'époque l'était" ben non, pas tout le monde, justement). Tous les hommes battaient leurs femmes dans l'Ecosse sauvage, Jamie n'a fait que suivre le mouvement ? Sauf que l'Histoire est pleine d'exemples de gens de toutes les époques qui n'ont pas suivi le mouvement. Et c'est heureux, sinon, le progrès social n'existerait pas.

Jamie banni de mon affection, cela me laissait encore Claire à qui me raccrocher pour rester dans la série. Très logiquement, celle-ci évite son mari, lui en veut, est à la fois mortifiée et en colère. Mais ça ne va pas durer. Le rustre, pas repentant le moins du monde mais désolé qu'elle lui refuse son lit, lui fait une déclaration, lui montre ses pectoraux et miracle de la ficelle de scénario, elle lui pardonne et ils couchent joyeusement ensemble. Si. La scène aurait pu à la rigueur passer si Jamie avait été montré s'interrogeant sur la violence dont il a fait preuve envers sa femme. S'il avait compris que c'était mal. Mais non, il a simplement compris que s'il ne posait pas un acte, il n'aurait plus de sexe. Et elle l'accepte. Quelques jours avant, il l'a battue mais, comprenez-la, elle ne peut résister à ses muscles. Ce n'est pas si grave que cela la violence conjugale et même une femme qui a résisté aux pires horreurs de la guerre doit abdiquer toutes ses convictions devant un beau corps d'homme. Bye bye féminisme, je vends mon âme au patriarcat et assume mon rôle de femme soumise pour une paire de biceps bodybuildés. Claire, moi qui te croyais forte et indépendante, tu m'as tant déçue... Et adieu, Outlander, tu avais vaincu mes à priori mais finalement tu n'as pas su rester loin du sexisme le plus révoltant plus de 8 épisodes. Quel dommage...

Estellanara
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le 11 déc. 2023

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Estellanara

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