Un bon gros ratage comme Ridley Scott en a le secret, que je place dans les tréfonds de sa filmographie, à côté de "Gladiator II" et "Exodus - Gods and Kings"... Un récit d'apprentissage doublé d'un film d'aventures chargé à ras bord de mauvais goût, à commencer par cette musique omniprésente et insupportable (elle fait un peu penser à celle de "Gladiator" qui viendra en suivant, en bien pire) et cette caractérisation des personnages on ne peut plus pachydermique. Le style de mise en scène est d'une lourdeur incommensurable, ultra emphatique, soulignant chaque émotion à la truelle, et de ce fait extrêmement désagréable, partagé entre le neuneu et le gnangnan. Un style aussi naze que ce qu'annonce l'accroche de l'affiche française : "Les plus violentes tempêtes naissent dans le cœur des hommes"... On était prévenu en fait.
Un des gros ratages du film, au-delà de ce style que je trouve insupportable et superficiel, c'est l'incapacité à rendre compte du temps censé être long : les adolescents ont passé huit mois en mer, et pourtant, on ne sent pas grand-chose, ni dans la camaraderie, ni dans l'épreuve en mer. Scott insiste méga lourdement sur le fait qu'il y a des antagonismes au début au sein du groupe hétérogène et que la vie en mer, exactement comme prévu, forgera les caractères et créera des liens de solidarité. Aussi assommant qu'une récitation de collégien. Idem ici, on trouvait dans le résumé des indices du niveau : "ce voyage va les transformer d'inconnus en amis, de rivaux en alliés, de garçons en hommes". Sacré programme.
Au final de la vie rude on ne verra que des clichés disséminés de manière ponctuelle. Et comment dire, Jeff Bridges en capitaine, c'est assez difficile à avaler, il n'a pas du tout la carrure (reflet de sa célébrité de l'époque, sans doute). On aperçoit John Savage et Ryan Phillippe, sinon. À chaque escale, on a droit aux péripéties lourdingues d'ados fantasmant encore sur la chose sexuelle et autres péripéties totalement vaines. Le film raconte en réalité une tragédie qui frappa le voilier Albatross en 1961, sombra brusquement au large de la Floride, emportant avec lui 6 des 19 membres de l'équipage. À l'origine, une tempête particulière, le white squall éponyme, un grain blanc — phénomène météorologique soudain et très violent. Et le film n'en fait qu'une machine à transformer des garçons timides sou contestataires en modèles de responsabilité...