"Lantana" trainait sur mes étagères depuis longtemps sans que je n'éprouve l'urgence à le découvrir malgré son résumé me laissant penser que j'y trouverais matière à assouvir mon appétence pour le thriller policier.

Voici donc arrivé le temps où enfin j'ai déballé l'objet pour voir de quoi il en retournait et ne pouvant honnêtement pas dire que j'ai passé un mauvais moment, car le film est plutôt correctement réalisé, avec des acteurs et des actrices investis, une photographie agréable et une mise en scène exécutée avec soin à défaut d'être novatrice, j'ai néanmoins un gros grief envers le film qui est qu'il n'est pas du tout ce qu'il annonce.


Je ne reproche pas tant au film qu'il parte d'un postulat d'enquête policière pour dévier vers autre chose, nombreux sont les exemples de films jouant sur ce mode de la surprise qui va surprendre son spectateur. Je reproche par contre à Ray Lawrence de ne pas avoir assumé la véritable identité de son film, alors même qu'elle est passionnante et même si elle est loin, très loin, dans son exécution de pouvoir assumer la comparaison avec d'autres films du même registre comme "Magnolia" de Paul Thomas Anderson, elle n'est pas pour autant indigente.

Car oui davantage qu'une enquête policière, qui n'interviendra en arrière plan qu'à la fin du film et dont ni le déroulé, ni sa conclusion ne semblent faire partie du projet, on est devant une œuvre chorale de mœurs.


Suite de portraits de personnages, qui vont former une chronique autour de la question du couple, le couple légitime qui bat de l'aile dont on suppose que le métier de policier du mari est l'épine qui l'handicape. Le couple uni envers et contre tout formant famille modèle issu de la classe moyenne et devant assumer une difficulté économique passagèr. Egalement le couple illégitime qui va peindre les éternelles figures de l'homme volage car ne pouvant pas exprimer son mal-être et de la maîtresse trop libérée pour ne pas susciter le jugement moral, y compris de la part du réalisateur. Va se rajouter à cela le couple fragilisé par un drame mais qui dans un souci de sauver les apparences au sein de leur cercle social et professionnel se mure dans le silence et le délitement progressif.


On pourrait presque y apposer une lecture politico-social, d'un niveau proche de zéro je vous l'accorde mais quand même, qui serait le couple gauche caviar de la bourgeoisie intellectuelle, le couple France insoumise du prolétariat qui galère, le couple de la droite conservatrice et l'électron qui confond libéralisme et libertarisme. Caricatures esquissées à très grands traits, mais c'est globalement l'idée.


Ces différents personnages vont se croiser, interagir dans des chorégraphies de la coïncidence et du hasard, qui ne sont pas toujours amenée avec beaucoup de finesse. Les destins en arrivent à se croiser, mais là où "Magnolia" ou même "Collision" de Paul Haggis qui reste en deçà mais est tout à fait recommandable, et plus tardif dans cette vague des films choraux qui firent florès après le succès du film de PTA, faisaient se confluer les personnages en construisant en amont des situations et des occasions où le hasard bien qu'essentiel n'était pas vu comme artificiel, "Lantana" use de grosses ficelles scénaristiques souvent ridicules et trop écrites pour parvenir à son projet. Il y a un évident manque de prise en main du cinéaste sur le scénario. Ce dernier s'arrêtant à son projet d'œuvre de l'écrit et de la transmission des émotions par la lecture, Lawrence oubliant ou ne parvenant pas à en faire un projet de la transmission des émotions par l'image animée. C'est embêtant pour un film. La littéralité de la mise en scène du scénario rendant l'ensemble peu crédible et trop organisé, trop sujet à des réactions du type : "Ouais, non là faut pas pousser la notion du hasard, c'est juste une béquille qui révèle les faiblesses du cinéaste pour créer de la dramaturgie".


Le mélo n'est pas loin mais pareil ça reste en surface et lorsque enfin on a le droit à la fameuse enquête policière qui va terminer de façon désespérée et désespérante de réunir toutes ces âmes intrinsèquement connectées, la résolution qui manifestement n'est pas non plus l'envie du film, est surtout un alibi pour résoudre les problèmes de ces couples dans un final qui va remette de l'ordre moral dans tout cela.


Passablement agacé donc par une promesse qui n'a jamais été au cœur du film, doucement blasé par une écriture qui se rêve ambitieuse mais qui oublie de se traduire dans sa réalisation, me restent pour m'accrocher et ne pas noter plus sévèrement l'ensemble que les quelques éléments listés en introduction. "Lantana" trainait sur mes étagères depuis longtemps et je pense qu'il est parti pour y rester et s'y faire oublier.


Créée

le 27 oct. 2025

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