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le 1 janv. 2026
SuivreHors saison
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Tout pourrait être résumé dans le renversant plan d'ouverture du film, sorte de 8 1/2 naturaliste.
Laurent est dans le vent. Perdu, sans repère. Les jambes pendant dans le vide ou le regard penché à son balcon du dernier étage de la tour vide qu'il habite un temps, il se laisse aller aux courants d'air. Laurent ne prend que rarement les routes ou les chemins, il préfère couper à travers champs, à travers bois, atteindre au plus vite un objectif qu'il ne cherche ni ne connaît pas.
C'est semblerait-il là tout l'objet du film, derrière ses allures de comédie bizarroïde ; dépeindre à sa façon une génération de jeunes (ou futurs) trentenaires, sans repère, qui cherchent à s'en créer (il n'est alors pas surprenant de retrouver au scénario Julie Lecoustre, qui avait écrit et réalisé Rien à Foutre, auquel on pense instantanément pour ses similitudes thématiques et sa même manière d'aborder l'errance des jeunes générations). Laurent en est l'incarnation, démarche balancée, diction mâchée, sexualité libre et hésitante, mélange de grande détermination et d'absolue maladresse. Il divague, se laisse aller au hasard de rencontres qui s'avéreront (peut-être un temps seulement ?) les plus importantes de sa vie quitte à, par égoïsme ou simplement écoute (enfin !) de soi, délaisser celles et ceux qui sont vraiment (?) là pour lui. Baptiste Perusat, absolue révélation, lui prête ses traits dessinés, son regard perçant qui cache une grande fragilité. Il est d'une étrange et hypnotisante beauté, sorte de nouveau Bastien Bouillon.
Le film fait souvent rire (on tient peut-être la scène la plus drôle de 2025 avec un lancer d'enfant dans la neige) mais s'éloigne de toute ironie ou cynisme qui semblent les maîtres mots de l'humour contemporain, ne se moquant jamais, toujours sur la ligne crête entre beauté et absurdité totale (on sent que les trois réalisateurs, Léo Couture, Mattéo Eustachon et Anton Balekdjian on digéré quelques films de Dumont - mais avec plus de douceur et de quiétude -, de Kechiche - mais avec moins de volonté politique -, de Rohmer et - surtout - de Guiraudie dont l'ombre semble planer partout).
Malgré cela Laurent dans le vent est un film plombé, par la mort, par la crainte de la mort, par l'envie de la mort, par son envie d'y céder comme de la fuir dans une vivace pulsion de vie. Un film plus profond qu'il n'y paraît, évoquant, avec une désarmante simplicité (qui tire les larmes par sa justesse) la dépression, et la perte d'envie de tout qui l'accompagnent. Et dans cette tristesse, les aveux simples contrecarrent les grandes déclarations, les "je suis bien avec toi" sont plus forts que mille "je t'aime", les "on trinque ?" plus évocateurs que mille "merci d'être là", les "bon vous v'nez ??" plus clairs que "nous sommes trois maintenant".
Si le film plonge dans sa dernière partie dans un registre soudain plus sombre qui lui sied moins, il est d'une remarquable et constante originalité, et d'une grande force dans sa manière de créer des personnages mémorables avec trois fois rien.
C'est cette grande beauté du quotidien que les réalisateurs réussissent le mieux, en le tordant toujours un peu, là où il faut, sans trop en faire. Et dans ce quotidien légèrement décalé, les personnages, presque ceux d'un jeu vidéo, gardent leur rôle, cantonnés à leur propre bulle qu'ils ne quittent quasiment jamais, qui ne se rencontrent que peu ; dans cette écriture qu'on pourrait trouver utilitariste des personnages, se crée en fait un univers parallèle, construit, choisi, un monde enfin acceptable où, malgré la vie courante et ses douleurs (la séparation, la solitude, le manque d'argent ou l'absence de logement), il fera peut-être bon vivre.
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Créée
le 7 janv. 2026
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