Superbe documentaire retraçant de manière très complète et accessible l’histoire de la condition des Noirs aux États-Unis.
Il montre comment le racisme a perduré, passant de formes évidentes et assumées à des formes plus institutionnelles au fil de l’histoire. Il interroge les héritages de l’esclavagisme et la manière dont ils se perpétuent sous des formes socialement plus acceptées. Comment, par exemple, s’indigner du travail forcé dans les pays du tiers-monde lorsque son propre pays fait travailler des détenus pour de grandes entreprises ?
Le documentaire analyse également la manière dont la drogue est apparue comme un outil, un levier politique et médiatique servant à la ségrégation de la population noire. Le racisme et l’incarcération massive des Noirs dans des prisons privées servent ainsi, de manière évidente, des intérêts économiques.
Si l’on s’intéresse à des séries comme Dans leur regard, We Own This City ou The Wire, ou à des films comme Fruitvale Station, Mississippi Burning ou 12 Years a Slave, ce documentaire devient, à mon sens, un complément pédagogique particulièrement pertinent. Il permet d’inscrire ces œuvres cinématographiques et télévisuelles dans un contexte historique précis et une temporalité claire, tant il adopte la forme d’une véritable ligne du temps.
Dans Le 13e, on revient notamment sur les premières occurrences où des présidents américains ont employé l’expression « guerre contre la drogue ». Dans We Own This City, ce choix de phrasé est également analysé de manière très éclairante. Déclarer une guerre contre la drogue n’est pas anodin : cette guerre est menée contre une partie de sa propre population. Ces thématiques sont abordées dans les deux œuvres de façon complémentaire et pertinente.
Le documentaire permet aussi de resituer des événements tels que le meurtre d’Oscar Grant, un jeune homme noir de 22 ans tué aux premières heures du jour de l’An, fait divers qui a inspiré Fruitvale Station. Un film souffrant de certains stéréotypes du genre, mais qui demeure néanmoins légitime.
Au-delà de son intérêt comme outil complémentaire d’analyse, Le 13e est une œuvre à part entière, méritant d’être regardée indépendamment d’un cadre strictement cinématographique.