Hard times - dont on oubliera aimablement le titre français - rend impeccablement l'ambiance de la grande dépression des années 20. Le soin apporté à la reconstitution et aux décors est impressionnant. Et pour un premier film, côté mise en scène et sens du rythme, c'est impeccable tout autant. Parce que même si on est hermétique aux combats de boxe clandestins, même si on n'a aucune appétence pour la castagne, on ne peut pas s'empêcher d'être pris par l'histoire.
La raison tient dans l'écriture du personnage principal qui ne tire aucun gloriole de ses victoires. Il agit par dépit, simplement parce qu'il est doué pour ça et qu'il lui faut gagner sa vie. Seuls les petits escrocs, truands et notables abjects qui l'entourent prennent plaisir à tout ça, pendant qu'il les regarde de haut.
Pour sa première réalisation, Walter Hill fait dans la chronique sociale d'une époque sans le pessimisme de ses films suivants, et sans les explosions de violence dont il deviendra coutumier. En terme d'ambiance, l'écart abyssal entre son premier film et ceux d'après est même assez notable. Hard times est bien moins violent que L'empereur du nord de Aldrich pour faire une comparaison. Sans doute aussi moins profond que Les raisins de la colère de Ford, ou moins astucieux que L'arnaque de George Roy Hill. Mais ça ne change rien aux qualités du film. Car en dépit de son schéma narratif convenu, le film est très maîtrisé, et son classicisme sans surenchère est plutôt un point fort.