Un film léger sur l'amour et l'égotisme, ou comment deux individus, artistes, par essence repliés sur eux même, doivent composer avec les désirs de l'autre quand ses désirs artistiques ne rejoignent plus complètement ceux de l'autre.


Il est intelligent d'avoir choisi deux artistes pour représenter cette histoire, car cela permet au metteur en scène d'imbriquer, souvent avec brio, les regards multiples pouvant mettre à mal une histoire d'amour.


Tout démarre sur un cadre resserré quand la réalisatrice d'une pièce de théâtre tente de donner des indications à ses acteurs sur une scène de baiser.


L'incompréhension des mots se résout dans l'exemple, elle finit par embrasser son acteur pour lui indiquer ce qu'elle désire quand la caméra se coupe, on comprend que les deux sont en couple.


À travers cette séquence, tout le nœud du récit nous est présenté, l'artifice et à travers celui-ci, la réalité qui, finalement n'est qu'un jeu sur le réel, car celui-ci n'existe qu'à travers deux regards qui n'ont de cesse de chercher à s'apprivoiser en conditonnnant le désir de l'autre à ses propres espérances.


En utilisant l'artifice d'un film et d'une pièce de théâtre, le film parvient assez brillamment à dénouer les fils des rapports humains et comment l'ensemble tient miraculeusement tant l'être humain est par essence replié que lui-même.


William Lebghil en pensant tout d'abord pouvoir concilier les répétitions de la pièce et le tournage de son film, fini par perdre ma notion de réalité me film joue de son montage pour montrer la rupture, un mot, une séquence commençant dans la réalité illusoire du film que l'on regarde pour se finir dans l'illusoire réalité d'un film qui se joue dans la diégèse du récit qui nous est présenté.


Les sentiments finissant par être le fantasme que l'on se fait de l'autre, pour accepter de ne plus être seul. Au début ils peuvent se voir et se comprendre sans échanger de mots, une émotion qu'ils ne retrouveront qu'à la toute fin, après que chacun aura accepté de plonger dans la réalité de l'autre en tant que spectateur.


Les vies ne sont que des bribes, des fragments d'autrui que l'on ramasse et qu'un inconnu nous laisse manipuler un temps, l'effort de dépasser ce simple plaisir pour à travers ces morceaux, construire un canevas commun c'est quand on accepte de s'éloigner pour vraiment se regarder.


Je pense qu'il n'est pas innocent si à la fin, les retrouvailles se font par une photo envoyée par texto et qu'elle se retourne sur un plan caméra fixe sur elle, l'intimité du regard échangé nous étant substitué par ma réalité du hors champ.


Savoir que l'autre est la sans avoir à me voir, il est beau comment, en si peu de temps, la nature aussi complexe des relations humaines semble, du bout des doigts, faire sens dans une fausse bluette aux racines plus profondes que l'on ne pourrait imaginer.


LionelBremond
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le 14 janv. 2026

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