La comédie italienne, en pleine ascension alors, trouvait son ciment en la qualité de ses scénaristes prolifiques et inventifs, qui se connaissaient bien, collaborant ensemble sur de nombreuses œuvres et dont certains sont devenus cinéastes par la suite (Scola, Risi, Rosi…). « Le bigame » affiche d’ailleurs un quintet impressionnant avec Sergio Amidei (« Rome ville ouverte », « Stromboli »…) Agenore Incrocci (« Le pigeon », « La terrasse »), Francesco Rosi (« L’affaire Mattei », « Trois frères »), Furio Scarpelli (« La grande pagaille », « Le bal ») et Vincenzo Talarico (« Pain, amour et jalousie »).
Toutefois un habile travail d’écriture ne suffit pas à ce que le film se place dans les meilleurs du genre. Certes l’imbroglio que va soulever le quiproquo est désopilant, truffé de répliques qui font mouche et de revirements en tout genre, mais pèse encore un peu trop l’influence de la commedia dell’arte, où l’on s’agite beaucoup, parle et crie fortement, ici souvent à l’excès, et où les comédiens en roue libre s’en donnent à cœur joie. Ainsi Mastroianni, parfait en petit représentant de commerce, beau parleur, sur qui le sort va s’acharner du jour au lendemain, Vittorio De Sica qui en fait des tonnes en avocat bling bling ou encore avec les seconds rôles épatants comme Franca Valeri, Memmo Carotenuto.
Il manque ici la subtilité qu’atteindra ce genre dans les années 60/70, où les instants d’émotion viendront renforcer la satire sociale. Nous sommes en pleine période de reconstruction de l'après guerre (étonnant contraste de décors, lors de l’épisode à Rome, entre les tours nouvelles qui s’érigent et les bidonvilles encore bien présents), l’heure et à la légèreté pour un grand public avide d’éliminer définitivement les scories du fascisme. Le réalisateur ne s’y trompe pas, il leur en donne pour leur ticket. Toutefois, ça et la se glissent dans les dialogues quelques piques contre un establishment un peu trop nostalgique de la période Mussolini. Mais ils se rangent du côté des « mauvais », en totale opposition avec la vertueuse position de Mario De Santis. La morale sous-jacente qui veut « que l’honnête homme trompé s’éloigne et ne dit mot » est sauve, il sera bien heureusement rattrapé par un happy–end des plus bouillonnants.