Une femme vient de découvrir que son mari la trompe, prétextant un voyage d'affaires et pour se venger, elle va coucher avec le premier homme venu dans une soirée, qui est un chanteur de couleur noire. Sauf qu'elle ne l'a pas vu, car la scène se passe dans la pénombre. 9 mois passent, et cette femme, jouée par Suzanne Dantès, va donner naissance à un enfant qui, logiquement, est de couleur noire, ce qui ne plait pas du tout à son mari, joué par Raimu.
Le blanc et le noir est, comme on va le dire poliment, un film à replacer dans le contexte de l'époque. Car si l'écriture de Sacha Guitry est là, avec quelques mots savoureux et des interprétations excellentes, en particulier celle de Raimu pour son premier rôle parlant, l'histoire en elle-même est moralement très discutable, avec un indice par rapport à mon titre. Il s'agit, pour Raimu, qui ne peut pas perdre la face d'avoir un enfant noir, de faire un échange d'enfant à l'assistance publique, afin qu'il ait un bébé cette fois blanc. De plus, il ne faut pas avoir peur d'entendre des dizaines de fois le mot nègre ce qui, dans les années 1930, était la norme pour parler d'une personne de couleur.
Quant à la mise en scène, reprise par Marc Allégret après la défection de Robert Florey, elle est inexistante, car c'est filmé comme une pièce de théatre, où d'ailleurs il n'y a pas d'actes mais des chapitres dont on tournerait les pages. Pour l'anecdote, c'est aussi le premier film où apparait un jeune Fernand Contandin, dit Fernandel, dans un petit rôle de groom durant la soirée initiale ; il jouera d'ailleurs la même histoire dans un des sketches de La vie à deux, tourné en 1958.
Il y a certes des beaux moments, notamment toute la tirade finale de Raimu sur l'amour paternel, mais il vaut mieux prévenir que Le blanc et le noir n'existera plus jamais à notre époque, car il ferait grincer des dents.