A Saint-Viaud, on se prépare à fêter la doyenne des Français.
Marcelle Géniat a 40 ans de moins que le rôle mais fait une centenaire crédible dans un numéro toujours sous la menace du cabotinage ; elle est le personnage central d'un film qui oscille entre la comédie sentimentale mièvre et la comédie de mœurs rurale. Le sujet est anecdotique et son contenu de faible intérêt. Sauf à les rapprocher de l'esprit et des valeurs morales qui inspirent le cinéma de l'Occupation.
Mamouret, l'aïeule de la famille, est comme un oracle et sa parole est sage, sa parole est d'or; elle a des comptes à régler, et ne s'en privera pas dans la dernière partie du film, avec quelques petits enfants indignes, tel ce restaurateur autoritaire qui fait figure de chef de famille, qui fait commerce de la célébration de la doyenne et profite de cette journée de fête pour fiancer des cousins et des cousines afin que les biens familiaux ne se dispersent pas...
La vénérable Mamouret se souvient ; et précisément parce qu'elle se souvient, favorise les amours d'une jeune fille avec un dompteur de cirque (Pierre Fresnay, pas son plus grand rôle !). Le cirque : symbole du départ et du voyage, par contraste avec la vie immuable au village et les aspirations muselées de la jeunesse.
Le sujet est trop long à se mettre en place. D'autant que les personnages expriment un pittoresque villageois sans saveur ou, côté jeunes filles, des rêveries communes dans l'air du temps. C'est donc le dernier acte qui singularise le film, à travers le propos humaniste et nostalgique, la mise au point grinçante de la centenaire. C'est malheureusement affecté parce que le réalisateur se place dans une posture morale et pathétique plutôt que satirique.