J'avais raté au cinéma ce film très vanté par Le Masque et la Plume : je l'ai vu en DVD, près de deux ans après sa sortie.


Pas de quoi crier au génie quand même ! L'intrigue est des plus classiques : un flic persévérant se bat pour faire éclater la vérité, au péril de sa vie et de celle de ses proches, dans une affaire qui implique le plus haut niveau de l'Etat. Combien de fois n'a-t-on vu ça au cinéma ? Et ce n'est pas la meilleure réussite du genre : la solution est dévoilée de façon assez lapidaire par l'oncle à la fin, et beaucoup de questions restent sans réponse pour moi : pas bien compris les motivations de la Sûreté de l'Etat, pourquoi ils montent tout ce truc... Intrigue plutôt moins bien traitée que d'habitude, et assez banale.


Idem pour Nour, le héros, prototype du flic désabusé, meurtri par un drame personnel, qui traîne sa carcasse dans la ville, enchaînant clope sur clope (il a plus de chance de mourir du cancer des poumons que d'une balle dans le ventre). Et usant de méthodes pas toujours orthodoxes. On a ça chez Ellroy, auquel le titre français fait allusion explicitement, chez Chandler, et dans les polars de Pierre Lemaitre ou de Henning Mankel. Abel Ferrara, dans Bad Lieutenant poussait le bouchon suffisamment loin pour conférer à son film une vraie singularité. Rien de tel ici. Le personnage du député véreux, arrogant comme il se doit, est lui aussi assez cliché.


L'originalité du film, outre qu'il se déroule au Caire (en fait filmé à Casablanca, mais on se croirait vraiment au Caire : étonnant), était de mêler la petite et la grande histoire. Car l'intrigue se déroule dans les jours de déclenchement de la révolution arabe. Mais ce rapprochement est trop faiblement exploité, et les insurrections surgissent à la fin du film de façon un peu artificielle. Le film aurait gagné à développer les liens entre petite et grande histoire, plutôt que de focaliser sur une intrigue archi rebattue...


Ce qui est plutôt bien, c'est le côté quasi documentaire du film. Tarik Saleh nous dévoile le fonctionnement au quotidien de la société égyptienne, très hiérarchisée, chaque strate usant de mépris ou de violence à l'égard de la strate inférieure : le député humilie le flic, qui à son tour use de son pouvoir sur le citoyen lambda, celui-ci rejetant le Chinois venu lui piquer son boulot, le bas de la pyramide sociale étant incarnée par des immigrés soudanais. Un peu comme chez nous finalement, mais avec une puissance décuplée. Plutôt bien montré, sans qu'il y ait non plus là de quoi se pâmer, me semble-t-il. Esthétiquement, les plans de la ville ne sont pas toujours passionnants, hormis ceux de nuit, où Saleh utilise superbement les néons et les phares des voitures, formant des lignes de lumières : ça, c'est vraiment beau.


Et puis il y a l'autre sujet du film, la corruption généralisée de la police, à commencer par Nour, qui se sert à tour de bras dès que l'occasion se présente. A ce rythme-là, on peine même à comprendre qu'il n'ait pas encore les moyens de se payer la fameuse Peugeot, symbole de réussite sociale !


Pourquoi et comment ce flic, qui a les mains dans le cambouis de ce système mafieux, devient-il un résistant, luttant pour la Vérité ? C'est là que le bât blesse : il y a bien une scène avec son père où celui-ci, seul personnage intègre du film, lui fait une leçon de morale... Mais cette piste n'est pas assez creusée pour être crédible (d'autant que les liens de Nour avec son père semblent tout sauf étroits). On comprend donc mal pourquoi, à la fin du film,


Nour ne rentre pas sagement dans le rang, acceptant l'argent récolté par son oncle.
On comprend mal aussi qu'il ne voit pas venir le piège de la chanteuse qui l'entraîne dans son appartement. Le public comprend vite, comment un professionnel de la trempe de Nour peut-il se faire berner ?
Idem pour l'utilisation de l'argentique, avec les fameux négatifs, à l'heure de Facebook (merci à Sergentpepper d'avoir attiré mon attention sur ce point) !


Pas mal de faiblesses scénaristiques, donc. Un polar nullement honteux, qui se suit bien tout de même, mais qui ne justifie sûrement pas à mes yeux les envolées dithyrambiques du Masque...


6,5

Jduvi
6
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le 12 mai 2019

Critique lue 208 fois

Jduvi

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