Le Cauchemar de Dracula est le genre de film que j'aurais aimé voir à sa sortie, ou au moins bien plus tôt dans ma vie. De nos jours, il existe près d'une centaine de versions de Dracula au cinéma, et même si celle-ci n'était pas la première, je veux bien croire que l'histoire était moins redondante en 1958 qu'elle ne l'est maintenant. Évidemment, il y avait déjà entre autres le Dracula de Tod Browning et Nosferatu, mais je pense sincèrement que Le cauchemar de Dracula n'est pas la moins bonne version des trois, et surtout qu'on était encore bien loin du nombre incalculable d'itérations qu'on a de nos jours (à l'époque, il n'y avait par exemple qu'un film intitulé Nosferatu, et non 3).
Tout ça pour dire qu'à mes yeux, le plus grand défaut de ce Dracula est d'être une version parmi tant d'autres d'une histoire que l'on connaît désormais par cœur. Déjà en 1958, cette adaptation semblait en avoir conscience et offrait quelques changements plus que bien venus. Le rôle de Jonathan Harker auprès du comte Dracula au début du film est différent, permettant de dynamiser une ouverture qui m'avait, jusque-là, paru cruellement familière. La dynamique familiale (les Holmwood, Lucy etc.), dans la suite du film, est également différente, notamment grâce à la présence d'une enfant qui renforce les enjeux. Même quelques aspects mineurs du vampirisme sont réimaginés.
J'ajouterais aussi que c'est une des versions où l'on sent le mieux la supériorité de Dracula, toujours avec quelques coups d'avance (quoique parfois pas si intelligent que ça, et toujours bien loin du génie du roman... Mais bon.) Bref, quelques changements qui à l'époque devaient suffire à redonner de la fraîcheur à cette histoire. Malheureusement, de nos jours, pour ceux qui auront déjà vu une dizaine d'adaptations de Dracula, l'histoire demeure très, très familière et on aimerait que le film s'affranchisse davantage encore du roman de Bram Stoker. C'est assez frustrant, car malgré tout, c'est sans doute ma deuxième version favorite de Dracula au cinéma.
Évidemment, ce n'est pas exempt d'autres défauts. Comme toutes les vieilles adaptations de Dracula, c'est beaucoup trop court, l'histoire mériterait plus de temps pour réussir à vraiment entraîner le spectateur. Je trouve aussi qu'il y a un petit ventre mou au milieu, avec une claire baisse de rythme. Avant de magnifiquement s'emballer sur la fin. Mais. Pas. Assez. Longtemps.
Ça reste une version avec énormément de charme et qui a toute mon affection, c'est très beau visuellement, les ambiances sont prenantes, et surtout, Peter Cushing en Van Helsing et Christopher Lee en Dracula sont juste excellents dans leur rôle, tous deux avec beaucoup de charisme.
6.5