Le Chant des forêts
7.4
Le Chant des forêts

Documentaire de Vincent Munier (2025)

Les tableaux de la nature

Le plus évident, c’est la beauté des images. Deux types de plans. Ceux avec les animaux tout d’abord, plans serrés et zoomés, qui constituent le support fondamental du film, la raison première pour laquelle on va le voir: découvrir, grâce au travail que la famille Munier fait pour nous, tous ces animaux si discrets, insoupçonnables pour le commun des mortels. Lynx, cerfs, hiboux, oiseaux en tout genre, moments de grâce absolue où ils se dévoilent dans une totale sincérité, le plus souvent sans se savoir épiés. Les paysages ensuite, les forêts des Vosges et de Scandinavie, en plans longs et larges, avec pour protagonistes les arbres, les nuages et le brouillard, la lumière et tous les jeux de contrastes qui s’y dessinent, qu’on y dessine? Car parfois, les images sont tellement surréalistes ou cryptiques qu’on croit y percevoir une technique artistique, un procédé. À l’époque du tout-virtuel, joie de constater que le réel demeure plus fascinant, plus spectaculaire.


Construire et transmettre les légendes

Au milieu de ce tableau, non, en marge devrais-je dire, la famille Munier, trois générations. Le père, le grand-père et le fils, trois incarnations d’un même rapport à la nature reposant sur un émerveillement toujours renouvelé, candide. Au coin du feu, on se raconte des histoires, des récits d’excursions nocturnes, de quêtes épiques à la recherche d’un animal si rare que le réel se pare de merveilleux quand on finit par l’apercevoir. Chacun à son totem, le grand tétras pour le grand-père, la grue pour le père. Le fils devra s’en forger un. On comprend qu’au fil des années, les fantasmes se fixent sur une espèce, qui devient un objectif, un repère auquel on revient toujours, parfois après plusieurs années. La triste évolution vers la disparition des espèces pourrait achever de cimenter ces légendes. Ces sombres problématiques sont évoquées par touches, ancrant un récit qui ne demande parfois qu’à s’envoler vers le mystique.


Attendre et espérer

Comme la plupart des œuvres consacrées à la nature (je pense ici en fait aux documentaires d’alpinisme dont je suis friand), le film propose une approche de la vie à rebours des standards contemporains. On part pour de longues excursions, parfois inconfortables, et surtout sans aucune garantie d’atteinte de l’objectif. Le spectateur se sent parfois proche du fils, qui a du mal à se réveiller mais qui veut qu’on lui raconte encore d’autres histoires. C’est d’ailleurs le seul qui emporte quelque chose du monde extérieur: ses mangas, Miyazaki et One Piece. Une vie au long cours - la dernière fois que le grand-père a aperçu le grand tétras, c’était “il n’y a pas longtemps, cinq ans peut-être” - faite d’attente et d’espoir. Leur plaisir passe par le voyage et le contact avec la terre et les éléments, bien sûr, mais leur bonheur n’est jamais plus intense que lorsque l'animal se présente à eux. Contemplation silencieuse, parfois émus aux larmes. À ce titre, le film m’apparaît d’ailleurs comme une œuvre paradoxale: le spectateur, à qui l'on veut communiquer les idées du temps long et de l’incertitude, est généreusement servi en accomplissements.


livius
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le 18 déc. 2025

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