Voci nel tempo se situe dans la lignée d’Il Pianeta azzurro mais cette fois, Piavoli s’intéresse avant tout aux humains. Il y observe les habitants d’un village, celui de Castellaro Lagusello, en Lombardie. Il y filme avec une grâce inouïe les visages, les corps, les gestes. De jour comme de nuit, Piavoli fait vivre ces lieux, cette nature, ces gens, petits et grands, évidemment les vrais habitants du village.
Il fabrique un cycle. De l’enfance à la vieillesse, d’une saison à l’autre. Comme si l’on voyait les enfants grandir, vieillir, à l’image de ce bambin grimpant des marches de pierres auquel répondra ce vieillard effectuant la même action beaucoup plus tard. Il est rare de sentir à ce point l’âge au cinéma, dans le mouvement, le déplacement et surtout à travers les peaux, les rides.
On y voit d’abord beaucoup les enfants, leurs jeux, une partie de cache-cache ou de football. Puis on voit des adolescents danser, se draguer. Des garçons sur des motos, des filles installées sur une fontaine. La cohabitation du désir. On y voit la joie et la mélancolie. Car il y a aussi les enfants seuls qui regardent, qui pensent, qui s’ennuient, qui sont tristes. Captation double qui résonne aussi chez les adultes un peu plus tard. Leur banquet à plusieurs pendant que d’autres restent seuls.
Il y a des échanges, des paroles mais elles appartiennent à un tout, seulement reléguées dans un magma sonore. On ne comprend pas ce qui est dit mais ce n’est pas grave puisque l’on ne comprend pas plus le bruit du vent dans les arbres, du ciel qui gronde ou des animaux qui chantent. Tout est à égalité.
Et il y a cette vieillesse qui observe la jeunesse et qui finalement se regarde à travers le miroir déformant du temps. C’est bouleversant. Jusque dans ce dernier plan, sur la glace, où les silhouettes d’un adulte et d’un enfant se tiennent la main et observent la montagne. C’est un film d’une grande beauté, dans chacun de ses plans.