Le cinéma Pathé Palace doit bientôt rouvrir ses portes. Bienvenue dans l’intimité d’un chantier hors norme.
Sur les toits de Paris, la caméra salue l’Opéra Garnier, familier du réalisateur, ainsi que d’autres monuments essentiels à la capitale, avant de plonger dans les entrailles d’un lieu en devenir, qui évoquent les fonderies et forges souterraines d’Isengard. Dans l’ombre, point d’ogres, mais des gilets orange maniant leurs pelles comme des dragons dévoreurs de béton. Au-dessus, dans les bureaux clairs, l’architecte Renzo Piano redessine son puits de lumière visionnaire, tandis que le grand directeur Jérôme Seydoux s’offusque de la laideur des choix de ses sbires. Le plan marmoréen des vasques et cuvettes est lancé en urgence.
Tel feu Frederick Wiseman, Jean Stéphane Bron opte pour l’observation longue et silencieuse. Pendant plus de trois ans, il a assisté à la résurrection de cette exploitation destinée à devenir bien plus qu’une simple salle de projection. Sans jamais intervenir, il laisse la beauté de ses images et la précision de son montage seuls juges.
Dommage que la valeur historique et patrimoniale de l’endroit ne soit évoquée qu’à travers les photos d’archives du générique final. Quant aux protagonistes, ils ne sont pas nommés ; à charge pour le spectateur d’identifier les figures connues, auxquelles le cinéaste refuse tout piédestal. Qu’ils soient producteur, artiste, maître d’œuvre, grutier ou femme de ménage, tous et toutes ont droit à leur moment de gloire.
Et lorsque le réalisateur s’échappe de ce palais de lumière, où le personnel, figé comme dans des tableaux, le bar à vins et les toilettes de carrare incarnent un luxe à 25 euros la place, c’est pour observer spectateurs, projectionnistes ou programmatrices de petits cinémas encore vaillants. Manière de rappeler qu’il n’est nul besoin de fauteuils cuir piqués aux voitures Bentley pour se laisser transporter par un film.
(7/10)
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