De tous les téléfilms réalisés par Michael Haneke, Le Château est à la fois son dernier, mais aussi le premier que je regarde, ayant souhaité regarder le métrage dont il est question ici suite à ma lecture du roman original par Kafka.
Bien que mon but ne soit pas de juger l'adaptation, mais bien le film lui-même, ça me semble être tout de même un bon point de départ pour examiner ce que vaut le film présenté ici. Déjà, il est à noter que l'adaptation se révèle assez fidèle. En effet, toutes les séquences qui figurent dans le film sont reprises telles quelles du livre, et seul un net changement d'époque (le film jongle habillement entre des lieux qui font années 80-90 et d'autres éléments comme certains accoutrements ou la présence d'un traineau qui renverraient au début du XXe siècle, apportant une certaine confusion) fait qu'on s'éloigne du bouquin. Ceci dit, certains éléments, flous dans le livre original, gagnent en netteté ici, comme la supposée ressemblance entre les deux aides, ce qui lève tous doutes une fois mis en image, renforçant le fait que K. soit un sacré gros connard, ou une Frieda, dont le côté folle et/ou manipulatrice est davantage amplifiée ici. Quoi qu'il en soit, le fait qu'on ait ici droit à de l'image, renforce le côté pathétique de certaines scènes. Preuve tout de même que le réalisateur a voulu se montrer fidèle à l'œuvre d'origine : le film, tout comme le bouquin se finissait en plein milieu d'une phrase, se termine d'un coup, comme ça, sans prévenir.
De Kafka, Haneke ne lui reprend pas son humour et encore moins son côté surréaliste. À l'inverse, voyant dans l'auteur pragois un réaliste, c'est bien ça qu'Haneke a repris de lui. Un réalisme qui, au passage, tombe au bon endroit, allant de pair avec un budget que je devine, téléfilm oblige, relativement faible. En ressort donc un film très froid, sans volonté de la part du réalisateur d'en faire une œuvre qui lorgnerait du côté horreur, du thriller, du film à suspens, ou, à l'inverse, en faisant ressortir le pathos. Pièges dans lesquels auraient pu tomber de nombreux autres réalisateurs. La froideur est d'autant plus accentuée par cette distance créée par le narrateur.
Reste qu'en s'effaçant derrière Kafka, en traduisant Das Schloß en langage cinématographique, Haneke en oublierait presque de faire un film passionnant pour quiconque qui aurait déjà lu l'œuvre originale. Une faute à imputer au format téléfilm encore une fois ? Peut-être, reste que volonté de vouloir être le plus fidèle possible à une œuvre ou non, il faut couper dans le gras à un moment ou à un autre. Et ce ne sont pas les quelques rares choix du réalisateur, le côté abrupt et froid du métrage, ou la prestation des acteurs, qui viendront faire du film dont il est question ici un classique.
Bref, ce Château me fait surtout dire que c'est très délicat d'adapter du Kafka. Straub et Huillet s'y sont essayés pour le résultat (calamiteux) que l'on connait et même le grand Haneke s'y est en fin de compte un peu cassé les dents. Finalement, celui aura le mieux réussi cet exploit est bien celui qui aura le plus trahi l'auteur original, à savoir Orson Welles avec son Procès… et c'est peut-être ce que j'aurai à reprocher à Haneke encore une fois : le fait de ne pas avoir trahi Kafka, d'être resté fidèle à l'auteur pragois, car je crois qu'une adaptation, au fond, ça consiste par-dessus tout à assassiner l'auteur original pour lui voler son œuvre juste après.
Quoi qu'il en soit, Le Château est selon moi le plus faible du réalisateur. Pas un mauvais film, loin de là (je me demande d'ailleurs si ça existe, un mauvais film d'Haneke), et probablement un film que je reverrai à la hausse d'ici à quelques années (comme tous ses autres films), mais son plus faible malgré tout. La patte du maître est présente, mais elle est bien plus présente, imposante, dans d'autres de ses films. D'où le fait que j'aurais plutôt tendance à vous recommander Caché ou Le Septième Continent si vous avez envie de vous plonger dans la filmo de notre autrichien préféré.