Le Bost est joyeux, l'Aurenche amer
En 1959, les parangons de la qualité française tant décriée par les imbéciles qui commencent alors à souiller nos doux écrans par les multiples preuves de leur incompétence se portent toujours bien, merci. Aurenche et Bost, le duo infernal de l'adaptation littéraire digne de tous les maux se révèlent parfaitement à leur aise dans l'atmosphère toujours un peu spéciale des livres de Marcel Aymé.
Je connais peu Michel Boisrond, l'assistant de René clair qui réalisera l'année suivante Voulez-vous danser avec moi, mais il sait correctement faire son travail et ici, c'est tout ce qu'on lui demande. J'aime toujours autant la saveur du Paris reconstitué aux studios de Boulogne, il y a plus de vie dans ces pavés de carton-pâte que dans la plupart des tournages à l'extérieur d'alors...
C'est l'histoire douce-amère de l'Occupation, le père de famille intègre, les profiteurs, le marché noir, le fils amoureux pendant que Monsieur est au stalag, la vie qui continue pourtant presque comme toujours...
Il y a ici un casting assez formidable avec un Alain Delon presque supportable en fils de Bourvil et de Paulette Dubost et un Brialy (qui mange déjà à tous les râteliers) presque truculent en fils de Lino Ventura. Pierre Mondy a un accent nazillon absolument délicieux et même les gamines en bas âge sont supportables.
Bien entendu, ce sont les pères qui font toute la saveur du film. Lino est comme d'habitude parfaitement génial en limonadier sans scrupules à l'éducation efficace et au franc-parler savoureux. Bourvil, en français moyen presque idéal, est tour à tour hilarant et émouvant, comme il en a le secret, et on oublie trop souvent l'importance que ça peut avoir dans un film, des vrais comédiens de cinéma, avec une vraie présence, une vraie justesse...
Grâce à eux, le film qui ne serait qu'anodin devient plus qu'agréable, probablement plus représentatif d'une période complexe qu'on ne veut bien le croire, et même si l'histoire un peu bancale oscille parfois maladroitement entre différents tons, on est encore à l'époque où le pays sait faire des films honorables, profitons-en, ça ne va pas durer...