Ça commence comme un récit de passage à l'âge adulte classique, à travers le regard de deux copains pas encore majeurs qui troquent peu à peu l'école pour des coups pas très catholiques mais financièrement intéressants et la compagnie de jeunes femmes certes intéressées mais intéressantes à leur manière également. Et bien vite, le fond du film mute pour devenir plus sérieux : la dernière partie est à la fois touchante parce qu'elle change de point de vue pour celui des pères des deux gamins : Bourvil et Ventura sont parfaits, le premier en honnête homme déboussolé, tiraillé entre l'envie de retrouver l'excitation de vivre, la nécessité de rester sage pour subvenir aux besoins de sa famille et des principes profonds qui auraient pu le pousser à prendre les armes dans d'autres circonstances, le second moins torturé en tenancier de bar bien décidé à orienter sa voile dans le sens du vent pour tirer son épingle du jeu.
Sans être dingue niveau mise en scène, Le chemin des écoliers relate d'un vieux Paris sous l'occupation particulièrement crédible : sans trop en faire, Michel Boisrond parvient à rendre palpable le paradoxe d'une situation en équilibre instable, à l'image de cette fin qui réunit la famille dans une cave aux murs branlants, à ce moment l'heure est à l’accalmie entre père et fils alors qu'on nous rappelle que dehors la guerre gronde et que tout peut toujours basculer d'une minute à l'autre. Un chouette film, un poil desservi par des seconds rôles, féminins notamment, un peu casse-pieds (la copine est lourdingue), mais rattrapé par un quatuor de luxe: Lino Ventura, Bourvil, Alain Delon et Jean-Claude Briali font plus que le boulot.
Et puis, histoire de motiver les derniers indécis, un petit bonus Pierre Mondy qui force l'accent allemand pour entourlouper les policiers français apporte une délicieuse légèreté à l'ensemble.