Découvert récemment, ce Minnelli tardif coécrit par Dalton Trumbo est une merveille de mélodrame amer sur fond d’adultère et de besoin de liberté, qui n’est pas sans évoquer un autre bijou sorti 5 ans plus tôt, "Liaisons secrètes" de Richard Quine dont je toucherai un mot un peu plus haut dans ce classement #600favoritefilms.
La symbolique du Chevalier, petit échassier des sables - nommé "sandpiper" en anglais - et ici oiseau blessé recueilli par une Elizabeth Taylor à la fois fragile et magnétique en esprit libre vivant de sa peinture seule avec son fils sur une plage isolée de la côte californienne, est à double tranchant : elle renvoie aux contraintes avec lesquelles cette mère célibataire bohème aux multiples liaisons, méfiante envers l’éducation, la religion et tout ce qui pourrait brider la libre pensée de son fils, doit composer en dépit de son besoin d’émancipation absolu vis-à-vis de la société, autant qu’au personnage de Richard Burton découvrant cette même liberté en entamant avec elle une liaison passionnée, mais rongée dans son cas par la culpabilité.
Obligée par un juge de confier son fils à un pensionnat paroissial tenu par ce dernier, un pasteur plus âgé dont le couple tombe peu à peu dans la routine malgré l’amour qu’il continue de porter à son épouse (incarnée par la touchante Eva Marie Saint), elle trouvera dans cette relation l’attrait nouveau d’une véritable vie de couple et lui une seconde jeunesse fidèle à ses désirs et à ses idéaux érodés par les conventions. Une parenthèse enchantée socialement intenable et fatalement vouée à l’échec du fait de leurs valeurs inconciliables, dont la poignante mélancolie est encore magnifiée par la sublime ritournelle à la Mancini du "Shadow of Your Smile" de Johnny Mandel.