Je partais perdante puisque je connaissais le fameux "choix", mais je me suis néanmoins laissée surprendre par ce film à l'ambiance ouatée et intemporelle qui nous offre l'une des meilleures prestations de la splendide, naturelle et magnétique Meryl Streep.

En effet, elle est parfaite dans sa complexité de femme un poil masochiste qui donnerait tout pour oublier son passé, quitte à y laisser parfois son amour propre et sa dignité. Le reste du casting assure haut la main, avec un Peter MacNicol charmant et effacé (tombé depuis en désuétude, si ce n'est son rôle dans la série Ally McBeal) qui fait figure de gentil, face à un Kevin Kline inquiétant et théâtral qui bouscule un peu le récit.

Le film n'a aucun mal à nous impliquer dans ce trio atypique mais ça se corse dans le dernier quart du film, où on sent une espèce de lassitude s'installer et des situations qui se répètent. Mais surtout, les flashbacks qui nous ramènent dans une Pologne en pleine guerre mondiale sont très mal reconstitués et on n'y croit pas une seconde. L'édulcoration de ces scènes, par pudeur j'imagine, jure vraiment avec la violence à peine voilée du reste du récit (relation abusive, maltraitance, injures). Par dessus le marché, on ne nous explique rien: pourquoi Sophie est-elle envoyée dans un camp de concentration avec ses enfants? On n'en saura jamais rien, et être Polonais n'est pas une bonne raison. Cela me fait dire que soit le réalisateur nous prend pour des billes en histoire, soit son scénariste est un gros fainéant (c'est tiré d'un livre mais il y a forcément quelqu'un qui a merdé au niveau des verifs). Bref, on sent qu'ils ne savaient pas trop comment amener tout ça et que ça a un peu cafouillé entre le "il faut montrer l'horreur de la situation" et "il ne faut quand même pas choquer le spectateur" (en 1982, les camps ne faisaient pas encore partie du paysage cinématographique).

En deux mots, une atmosphère surannée et immersive dans un Brooklyn très alléchant et un casting brillant qui contrebalancent un récit qui se perd un peu dans son histoire et dont les détails n'ont pas été peaufinés.

Citlal
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le 1 mars 2023

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