Regarder les aventures de Tistin aujourd’hui, c’est évidemment se prendre en pleine tronche un monde totalement mort où le chômage n’était pas ce qu’il est aujourd’hui et où, surtout, la perception de la paresse n’est pas ce qu’elle est de nos jours. Tistin est un oisif en même temps qu’un jouisseur, nourrissant le ressentiment de ceux qui travaillent et ne s’amusent jamais. Si le début laisse augurer quelques craintes par son aspect caricatural et décousu, Jean Boyer trouve très rapidement le bon ton pour dresser le portrait de personnages savoureux. Du maire progressiste mais calculateur au garde communal idiot en passant par des personnages féminins savoureux (une Ginette Leclerc de braise, toujours jeunette à 45 ans et se permettant de tomber – pardon d’arracher – le haut !).


Le résultat est une comédie franchement drôle qui donne quelques petits coups de canif ici ou là et portée par des dialogues souvent plus savoureux qu’ils n’en ont l’air (« Je vais lui faire dire la vérité à celle qui ne me dit plus rien »). Bien entendu, l’ensemble renvoie à une certaine naïveté et le canevas est cousu de fil blanc mais cela fonctionne parfaitement et le rire est au rendez-vous. Si on nage, côté acteurs, en plein cabotinage, c’est fait avec une telle joie communicative que le spectateur marche totalement. Dommage cependant que certains personnages soient sacrifiés, et notamment celui de Ginette Leclerc, réprouvée pour son statut de prostituée et donc complice de Tistin mal vu pour son statut de chômeur, puis finalement abandonnée de tous quand, par amour, Tistin revient dans le droit chemin social.


Un récit qui ne va donc pas au bout de ses idées en refusant finalement le statut d’anticonformiste à son personnage principal qui reviendra par le curé du village et son maire socialiste dans une situation sociale plus acceptable. C’est le seul bémol de cette comédie amusante qui ne sait pas aller au bout de son propos et qui sacrifie à la bienséance son amusant point de départ. Alexandre le Bienheureux ira, à ce titre, davantage au bout de sa démarche.


6,5/10

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le 12 oct. 2024

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PIAS

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