On sort de ce film en maudissant la laideur physique du monde contemporain qui nous entoure. Car là-bas, chez Malaparte, tout est beau. La Toscane (le premier plan sur la campagne est fabuleux), les roues de charrette, les couteaux, les chaussures, les murs, les rues, les fichus, les jambes des fouleuses de raisin, les meubles, les cyprès, les églises, les toits, les mains, les chaises et même le pain.
Pourtant, Bruno, qui rentre au village après des années de goulag, n'a pas l'air de s'en apercevoir. Il ne pense qu'à une chose : venger son frère tué pendant la guerre.
Bruno aussi est beau. Et sa petite mère. Et ses deux fiancées. En fait, tout est beau chez Malaparte. Même la souffrance. Sur ce registre, l'écrivain s'étale .Un peu trop sans doute. Le grand questionnement catholique du pardon et de la rédemption l'obsède tellement qu'il dévore le film. Mais il parvient à nous toucher quand même parce qu'il déshabille le sujet de ses oripeaux religieux pour le revêtir de symboles païens autrement plus fascinants (et sans l'arrière goût d'encens un peu dégoûtant qui vous retourne l'estomac): des cracheurs de feu, des têtes de taureaux, des nains difformes, des os, un artisan possédé et même Marx.
Un comble : c'est l'écrivain (non-spécialiste de l'image cinématographique) qui nous peint de si parfaits tableaux. Le bon goût est décidément transversal à tous les arts.