Un film énigmatique, que j'ai regardé sur la chaîne Arte Kino sans avoir rien lu avant.


ça se passe en Allemagne. Un jeune couple développe une romance. Rita va travailler à une usine de RDA qui construit des wagons de chemin de fer. Manfred, fils d'un cadre du parti, est un chimiste prometteur, qui met au point, dans un loft, un nouveau procédé de fabrication et se sent prisonnier dans le système communiste. Nos tourtereux roucoulent de manière très mignonne. Chacun sent les pesanteurs du système communiste sur lui. Et puis, 1961. Youri Gagarine fait un tour dans l'espace. Et puis, la montée des tensions à propos de Berlin-ouest.


Après que son procédé a subi un refus, Mandred va décider, sans en avertir Rita, de passer à l'ouest, et l'enjoint de venir la rejoindre. Elle va le voir, mais décide de revenir. Mais les fumées toxiques et la dépression la poussent à s'aliter. Fin.

Le film est porté par deux interprètes principaux touchants, et convaincants dans leur idylle. Il y a de magnifiques compositions, comme le loft avec la verrière, ou les plans des deux amants regardant la rivière s'écouler. C'est également un film qui montre beaucoup le monde de l'usine, dans sa rudesse mais aussi sa chaleur. On passe son temps à s'engueuler, à se jauger. J'aime beaucoup aussi les plans de rues, quand les amants déambulent. Et puis il y a cette omniprésence des wagons de train, ces endroits claustrophobiques mais qui sont censés amener loin. Sauf qu'ici, ce sont des wagons à l'usine, donc ils ne bougent pas, ils enferment. Mais ils enferment ensemble. Le film utilise un symbolisme peu appuyé mais assez subtil, je trouve.


Le rythme est cependant déroutant, car il y a parfois des moments très verbeux, puis des ellipses. Surtout, les dialogues sont très allusifs, décrivent la situation de manière très détournée. J'ai souvent imaginé comprendre les enjeux dramatiques des scènes, sans être totalement sûr. Notamment le personnage de Meternagel, vieil ouvrier victime d'une caballe au sein de son usine et qui a subi une rétrogradation, j'ai du mal à comprendre tout.


Ce qu'il y a de bien, de ce que j'en ai compris, c'est qu'on montre la pression au sein des usines de RDA, et de manière pas manichéenne. C'est avant tout la pression que se mettent ceux qui veulent bien faire leur travail face aux feignants jaloux. Mais je n'ai pas toujours compris ce qui fait problème dans la question des cadences et des normes... En tout cas aucun système, que ce soit la RDA ou la RFA, n'est montré comme parfait, et chacun suscite des déclarations incendiaires de la part de ses détracteurs. Et au milieu, les scientifiques, que tout le monde se disputent, sont une sorte d'aristocratie qui sait ce qu'elle vaut. Bref, personne n'est exempt de reproche, et au milieu de ça, l'amour d'un homme et d'une femme essaie tant bien que mal de grandir.


C'est un film assez humain, susceptible d'être détesté par les deux côtés. Je ne sais pas pourquoi mais il me rappelle dans sa lucidité l'oeuvre de Pierre Christin (même si ce dernier misait sur le suspense et l'aventure plutôt que sur la bluette).


Une curiosité, dont je n'ai sans doute fait qu'effleurer la richesse.


zardoz6704
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le 2 janv. 2026

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