Le Cinquième Sceau commence de manière assez abrupte, dans un bar à peu près aussi accueillant qu'une cellule de prison plusieurs personnages échangent sur de grandes questions de la vie. Un film hongrois commençant comme ceci peu être assez inquiétant en termes d'intérêt pour le spectateur, mais pour qui saura s'accrocher le Cinquième Sceau a de fortes chances d'être une bonne surprise.
La conversation entre les personnages gagne en intérêt tant ils ont tous un caractère particulier et une personnalité forte sans être pour autant des clichés. Le climat de zone occupée par un ersatz de troisième Reich rendant plus lourdes de conséquences et donc tragique chacune de leurs actions et les raisonnements qui les y poussent. Une fois intéressé par ces protagonistes il devient assez plaisant de découvrir leurs névroses et leurs magouilles et le film n'a dès lors plus absolument rien d'ennuyeux.
La mise en scène participe fortement à ce plongeon dans l'histoire, le huit clos un peu crasseux du début rend l'atmosphère oppressante et le départ du groupe d'amis pour leurs domiciles respectifs ne résoudra rien (sauf le temps d'une scène d'hallucination tout à fait saisissante), les personnages sont damnés et nous le seront avec eux tout le long du film.
Après une mise en bouche faite d'exercices de persuasion sur le thème de la guerre, le thème central de la cruauté de l'homme apparait, c'est sur une question de type "tu préfères être puissant, riche et méchant ou l'esclave humilié de ce mec mais être un homme bon ?" que le débat prend forme, les personnages acculés se rendent comptent de l'impossibilité du second choix ce qui provoque chez eux une remise en question source d'insomnies. Ironie du sort c'est celui qui réfute cette possibilité qui cruellement pour se venger des moqueries des autres ira jusqu'à les dénoncer aux autorités pour leurs discours privés d'insoumission (ouvrant ainsi le cinquième sceau, celui des martyrs dans l'Apocalypse). Arrive alors en jeu une autre facette de la cruauté humaine, la cruauté institutionnalisée du fascisme : l'interrogatoire musclé, la passion que mettent les tortionnaires à fomenter la manière la plus avantageuse pour eux de profiter de la situation sans créer de velléités révolutionnaires chez leurs captifs et leur choix final sont clairement qualifiables d'inhumain.
Si la fin vient quelque peu modérer le propos, Le Cinquième Sceau est tout de même un film assez marquant par son pessimisme, pas idéal pour se remonter le moral mais intéressant intellectuellement et savamment filmé.