Ça partait mal genre je trouvais que c'était un peu la même chose que d'habitude sans les singularités qui font que l'accomplissement méthodique se retrouve sublimé. Puis finalement j'ai trouvé mon bonheur dans cette banalité familière: la scène de pluie que j'attendais, je l'ai eu, elle est aussi magnifique que les autre. Mes petites intrigues qui construisent par leur croisement un récit comme un entonnoir, je les ai eux aussi, et je trouve toujours que c'est la narration la plus "dramatique" (dans le sens de servir le drame matériel) qui soit. Ma dédramatisation qui humanise toutes les péripéties pour leur donner leur vrai éclat amer, je l'ai eu, avec cette petite fille qui joue pendant que les grandes ruptures familiales prennent place, utilisation presque Brechtienne de la double-tonalité qui brise totalement l’entrain sentimental que l'on pourrait ressentir.
Puis j'aime les doubles dialogues que sont les films de Naruse. Ce que j'appelle doubles dialogues, ou contres dialogues, ce sont ce que le film raconte pendant que les personnages raconte l'inverse ou autre chose. Un espèce de film parallèle qui se construit mentalement pendant tout le film, ces "si" avortés du récits que laisse entrevoir la caméra observatrice de Naruse, ce voyeurisme des visages. Les films de Naruse sont deux films, le fantasmé et le réel dur, réunit par la pluie qui fait fondre leur frontière comme de la cire, et mélangé en un réel nuance qui réconcilie ce que le fantasme aurait pu changer et que la dureté aurait pu laisser tomber.
Bref finalement c'est un beau film je suis content, parce que je retrouve quelque chose qui marche là où depuis quelques semaines mon Naruse hebdomadaire est toujours sympathique mais imparfait, celui là est ni parfait ni imparfait, il est réussit.