H.P. Blavatsky empruntait les mots de Montaigne quand on l'accusait de plagiat :

"Messieurs, je n'ai fait qu'un bouquet de fleurs, et n'ai rien fourni de moi-même que le lien qui les assemble"

Voyez le roman d'Alexandre Dumas comme un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Elle rajoutait à ses détracteurs :

"Coupez la "corde" ou effilochez-la, si bon vous semble. Quant aux FAITS – vous ne pourrez jamais les détruire. Vous pouvez les ignorer, rien de plus."

Il semblerait que ses paroles aient été bues par les techniciens derrière de ce film, si bien que les fleurs sont non seulement séparées mais aussi desséchées.


Kiarostami disait :

“Le plus important, c’est que le spectateur sache que nous alignons une série de mensonges pour arriver à une vérité plus grande”

Ici, la grande vérité a été décomposée en une série de mensonges. On a coupé la corde autour du bouquet, on a enlevé quelques fleurs, on a arraché des pétales, on a rajouté quelques fleurs séchées et on a remis la corde maladroitement.


D'une femme forte (Mercedes), on obtient le mièvre et le docile. Du portrait complet de l'homme qui "pareil à Satan, s’est cru un instant l’égal de Dieu, et qui a reconnu, avec toute l’humilité d’un chrétien, qu’aux mains de Dieu seul sont la suprême puissance et la sagesse infinie", on préférera un personnage edgy aux répliques théâtrales par manque de temps pour développer.


Pour faire passer la tiédeur, on recourt au mélodramatique. Le résultat final est au mieux une vérité maladroite, un mensonge un peu plus crédible, plus vraisemblable. La formule Hollywoodienne calquée sur un film français fonctionne forcément; c'est divertissant et certains passages sont plutôt convaincants : Marseille, le dîner, l'assassinat de Villefort ou Fernand contre le compte (...) On trouve sans doute son compte avec ce film d'une façon ou d'une autre, mais ce n'est pas le chef-d'œuvre qu'il adapte; l'ambition même du film étant par son format et son rythme de faire un résumé. Comme Les Trois Mousquetaires, on dépouille du livre sa substance pour appâter les foules avec la renommée du roman pour obtenir un film satisfaisant facilement sur le dos de l'écrivain, une contrefaçon.


Jusqu'au jour ou sortira une adaptation digne de ce nom, ou du moins une recomposition pertinente, toute la sagesse humaine sera des ces deux mots :

Attendre et espérer ! « Votre ami, « Edmond Dantès, « Comte de Monte-Cristo. »

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le 3 juil. 2024

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