[Mouchoir #9]
Lorsque les ombres mènent bataille aux côtés de la lumière, lorsqu'un bleu contamine la pureté de la neige, la blancheur de la fourrure et la noirceur d'un individu, cela donne l'alliance si particulière de Bertolucci et Storaro.
Il Conformista rejoint ce cercle fermé des films à une idée par plan. Entre le cadrage rigoureux qui isole les corps, décapite les têtes et fait dialoguer les reflets, le montage qui multiplie les raccords de mouvements inverses et ceux à 180° tout en gardant un rythme à la tension sauvage même lorsque tout s'immobilise, et la photographie qui jongle entre deux ensembles chromatiques tout en maintenant des danses de clair-obscur organisées en motifs circulaires ou linéaires : le monde — pas si imaginaire — que dépeint le film semble reposer sur des représentations binaires, à la fois tranché et par miroir, permettant à des forces opposées de converser et converger comme pour la première fois sur le même plan. Bataille intérieure : dois-je où nous rejoindre ce mouvement fasciste pour me conformer, effacer ces disparités qui m'habitent ?
8,5.
[01/03/18]