Malgré quelques gros défauts pénalisants, "Le convoi" présente un certain intérêt grâce aux parti-pris originaux choisis par Frédéric Schoendoerffer.
D'abord, le réalisateur décide de tourner sans voiture-travelling, ce qui signifie que les comédiens au volant de leur véhicule conduisent vraiment - ce qui apporte un surplus de réalisme.
D'autre part, Schoendoerffer choisit de faire un film choral, en offrant à chaque personnage une épaisseur et un temps de présence (à peu près) équivalents - contrairement à ce que suggère l'affiche du film, qui met en vedette le seul Benoît Magimel.
La première heure du film nous présente donc chacun des sept voyous chargés de transporter une grosse quantité de haschich depuis le sud de l'Espagne jusqu'en banlieue parisienne. Un go fast qui va évidemment mal tourner, et ce très rapidement.
N'empêche qu'en dépit de quelques montées de tension, cette première heure introductive s'avère longuette : l'ensemble manque de punch, à l'instar du montage.
Les protagonistes ne sont pourtant pas inintéressants, avec quelques profils s'éloignant des archétypes habituels, soit par leur personnalité, soit par celle de leur interprète (le timide et juvénile Elyes, le fougueux mais pas futé Reda...).
Mais ces mecs restent des voyous de banlieue, à la profondeur psychologique limitée, de même que l'empathie du spectateur à leur égard.
Les dialogues échangés apparaissent inégaux, à l'image des tentatives d'humour : ainsi, on sourit à certaines saillies drolatiques (le prénom Oussama, l'obsession de Reda pour les grenades...), avant d'être consterné par le monologue navrant de Rémi à propos de de "Top Gun".
Heureusement, la deuxième partie va se révéler nettement plus énervée : courses-poursuites, fusillades, rebondissements divers... "Le convoi" justifie alors son statut de film d'action-thriller, même si la mise en scène laisse parfois à désirer (en terme de lisibilité).
On regrettera aussi l'abus de filtres jaunes du début, tout en reconnaissant à Schoendoerffer une volonté louable d'apporter une plus-value stylistique (des tons jaunes en Espagne, puis sombres lorsque la nuit tombe sur l'autoroute, enfin des tons bleus le matin à l'aube).
"Le convoi" est donc un thriller moyen et inégal, qui compte visiblement pas mal de détracteurs.
Pour ma part, je n'ai pas passé un mauvais moment, car le film demeure assez original et efficace.
Dommage que le dénouement nous laisse sur une impression désagréable, avec cette fin à la fois floue et abrupte, et ce syndrome de Stockholm aussi soudain que malvenu.