Il faut d'abord remarquer que le thriller politique, typique des grandes années de Costa-Gavras et figure d'une époque poussée par la volonté collective de changements, s'est mué au début du nouveau siècle en polar social, symbole de notre temps où la précarité transforme chacun en individualiste forcené : de ce point de vue, "le Couperet" est un film pertinent sur "l'horreur économique" et la déshumanisation qui s'ensuit, et on remarque - sans surprise véritable - la signature des Frères Dardenne à la production. Malheureusement, si José Garcia réussit à conférer une inquiétante légèreté à un personnage tout-à-fait in-sauvable, "le Couperet" est irrémédiablement plombé par une certaine tendance à la caricature, et à un abattage un peu trop mécanique des acteurs, faisant passer les messages et les typages avant la vérité de leurs personnages. Comme toujours, Costa-Gavras est plus dans la dénonciation que dans l'analyse, et son empathie envers ses personnages de victimes passe avant la justesse du regard. C'est vraiment dommage. [Critique écrite en 2005 et retouchée en 2015]