A la vue du pitch comme des visuels, on peut avoir l'impression que ce "Couteau sous la gorge", rebaptisé à sa première ressortie "Terreur nocturne", est une énième série Z pseudo-érotique.
Et pourtant, après visionnage il en ressort une jolie tentative louable du genre, qui la place en haut du panier. Vouloir surfer sur le Giallo qui était déjà en train de s'éteindre lors de son tournage pour en proposer une relecture des codes à la française, aurait pu passer pour un projet assez fou et finalement c'est ce qui en fait sa qualité comme son défaut.
Ce film propose une bonne direction d'acteur, la BO omniprésente est d'une bonne signature, surtout sur ce type de production. La réalisation tente des choses, le scénario essaye d'être inventif tout comme l'ambiance qui n'a rien à envier à Lamberto Bava, recopiant lui aussi un style éculé et magnifié par le film "Ténèbres" de Dario Argento. La boucle est bouclée quand Mulot cite Bava fils, qui citait déjà Argento.
Offrant dès le départ l'identité du tueur pour nous mettre sur la fausse piste d'un imitateur qui s'en prendra à l'héroïne, il était originale de dessiner le portrait d'une "scream queen" non innocente, proche de la morale du conte "Pierre et le loup", pleine de désirs inassouvis, de contradiction, laissant planer le doute sur sa santé morale.
Alors oui, la révélation du second tueur n'est pas extraordinaire, déjà vu et revu mais la séquence passe très bien, de bonne facture et pour ce type de film, c'est de qualité.
Le film a ses imperfections mais une belle surprise à sa découverte car à l'inverse d'un Bava qui devait aller encore plus loin que son prédécesseur, Mulot a l'audace d'osciller entre le drame psychologique et le cinéma d'auteur, ne proposant que trois morts, assez bien justifiées pour le mobile de l'assassin. Une vision différente d'un genre essoufflé, arrivant trop tard tout en étant de production française pure et dure, sans co-production européenne derrière. Bien dommage de savoir que le cinéaste est mort juste après.
Ce film mérite d'être redécouvert et d'être reconsidéré dans le contexte de l'époque, le contexte de sa production et le contexte artistique duquel sortait le cinéaste et la plupart de son casting, avec un avantage de proposer un rôle à celui qui sera à jamais le petit-ami tant désiré de Sophie Marceau dans la "Boom".