Vu en avp à la Cinémathèque Suisse.
Retour en Afrique pour Claire Denis, et l'on retrouve ce qui semble la travailler depuis des années : un constat des dynamiques néocoloniales (d'ailleurs un peu actualisées depuis l'époque de Beau Travail) et des affects malaisés de violence et de désir. Je trouve qu'il y a quelques idées intéressantes hélas peu élaborées : la castration de Horn, l'attente presque "désert des tartares" des gardes, le délitement du chantier.
J'ai toutefois beaucoup aimé la plastique du film. L'épuration du décor et l'absence de lumière créent une théâtralité intéressante (le film étant d'ailleurs adapté d'une pièce), qui impacte le jeu d'acteur de façon assez similaire à ce qu'il se produisait dans Dogville de Von Trier par exemple. Il y a quelque chose de profondément instable dans Le Cri des Gardes, provoqué par ces alternances de plans larges et scéniques et de plans numérique/caméra-épaule. Tout a l'air de respirer en saccade ; la tension se déplace, traverse des corps et des espaces de façon rampante et cyclique.
Toutes ces belles images sont curieusement introduites par une scène onirique visuellement immonde où la caméra tourne autour d'un chien en IA. J'ai demandé pourquoi à Claire Denis et je crois qu'elle n'est juste pas au courant de ce que c'est et qu'un type des SFX a rajouté ça en loucedé.