Dans un très long prologue dans un camp de prisonniers français en Allemagne en 1945 -prologue qui parait disproportionné a posteriori en même temps qu'il est la séquence la plus singulière du film- on fait connaissance avec le prêtre défroqué que joue Pierre Fresnay. Sur les raisons qui lui ont fait quitter la foi et lâcher le sacerdoce, pas d'informations; il ne lui reste que la virulence et les sarcasmes anti-religieux.
Le très bigot Léo Joannon, tellement qu'il joue lui-même un chanoine en soutane (comme la confession d'une vocation ratée?), met ensuite en perspective l'évolution des deux personnages principaux, Morand le défroqué enfermé dans une rancoeur inexpliquée et Lacassagne touché par la grâce au point d'entrer au séminaire.
L'enjeu dramatique de ce film catholique et militant est de sauver l'âme de Morand et de le faire revenir dans le droit chemin. Le spectateur mécréant, lui, reste au bord de la route: ce film ne lui est pas adressé. De bondieuseries en considérations mystiques pas toujours claires par maladresse, ou qui nécessite un minimum d'érudition religieuse, de scènes bavardes en séquences déclamatoires, le cinéaste finit par arriver là où il voulait, à une conclusion spectaculaire où le pathétique se mêle au grotesque. Entre temps, on aura vu l'aspirant-curé Lacassagne (joué par le terne Pierre Trabaud, qui fait ce qu'il peut pour avoir l'air habité)
se saouler, au sens propre, du sang du Christ
dans un moment inattendu qui ne craint pas l'emphase.
"Le défroqué" n'est pas un bon film; son engagement et son inspiration catholiques constituent l'intérêt du sujet sans rien masquer des coupables raccourcis de la mise en scène. Pierre Fresnay trouve ici un rôle assez vague et caricatural, où le cabotinage finit par rejoindre l'hallucination à grand renfort de colères caractérielles et de haussement de voix qui discréditent souvent son personnage.