Voilà certainement le western le plus ambitieux de Sergio Solima. Plus encore que l'affrontement entre deux hommes, le cinéaste s'intéresse ici à la manière dont le pouvoir transforme les individus et révèle leur véritable nature. D'un côté, un professeur cultivé, intellectuel respecté, contraint de suivre un hors-la-loi dans sa cavale. De l'autre, un bandit brutal, instinctif, étranger aux codes de la bonne société. Au fil du récit, leurs trajectoires se croisent jusqu'à s'inverser, chacun semblant emprunter le chemin de l'autre. Cette idée est d'une remarquable richesse. Sollima démontre avec intelligence que le savoir, l'éducation ou la culture ne constituent en rien des remparts contre la violence ou le fascisme. Bien au contraire, ils peuvent parfois leur fournir une justification intellectuelle. Derrière son récit de western, Le Dernier Face à face propose ainsi une véritable réflexion politique sur la domination, la manipulation et la corruption du pouvoir.
Le film bénéficie également d'une interprétation de très haut niveau. Gian Maria Volontè et Tomas Milian livrent deux compositions remarquables, chacune au service d'une évolution psychologique complexe. Certaines séquences restent durablement en mémoire, à commencer par le spectaculaire hold-up, parfaitement mis en scène, où Sollima démontre une nouvelle fois son sens du rythme et de l'espace.
Pourtant, malgré ses immenses qualités, le film laisse une légère impression d'inabouti. L'ensemble manque parfois de tension dramatique et les transformations successives des deux protagonistes apparaissent, par moments, un peu trop abruptes pour convaincre totalement. On devine un projet d'une ampleur considérable, dont certaines articulations semblent avoir disparu au montage. Prévu à l'origine comme une œuvre plus longue avant d'être sensiblement raccourci, le film donne parfois le sentiment que plusieurs scènes essentielles ont été sacrifiées, privant certaines évolutions de la respiration nécessaire.
Cette frustration est d'autant plus sensible que tout semblait réuni pour faire du Dernier Face à face un chef-d'œuvre absolu. L'ambition du propos, la qualité de l'écriture, la mise en scène élégante de Sollima et l'interprétation exceptionnelle de ses deux acteurs principaux en font une œuvre majeure du western italien. Mais cette ambition paraît parfois comme bridée, empêchant le film d'atteindre toute la puissance émotionnelle et dramatique qu'il semblait promettre. Quant à la partition d'Ennio Morricone, sans compter parmi ses créations les plus célèbres, elle accompagne avec efficacité cette fable sombre et désenchantée.