Parfois le contexte de production suffit à alléger un jugement, c'est normal mais ça reste pas moins étrange en ce qui me concerne. Je n'avais jamais entendu parler de Lynne Littman, elle ne semble pas avoir mis en scène beaucoup de films (elle aurait un passé de documentariste au moment de réaliser "Le Dernier Testament" en 1983), et c'est le cadre de production pour la télévision qui préside sans doute le plus à ce sentiment de bizarrerie — le film s'est frayé un chemin jusqu'au cinéma a priori. De la contrainte de la production télévisée découle une économie de moyens, et cela transparaît partout dans l'intrigue : avec le même scénario on songe à une nuée de fictions de SF tournées vers le spectaculaire, mais rien de tout cela ici. Au contraire, on nage en pleine parcimonie des effets, encore une fois sous la contrainte budgétaire j'imagine, et c'est ce qui donne toutes les particularités au récit, au milieu de toutes ses limitations.
On commence par une introduction qui ressemble à une très mauvaise sitcom lambda, description d'une vie de famille de banlieue de San Francisco dépourvue d'intérêt, père de famille bienveillant (William Devane, avec son sourire toujours aussi carnassier) qui discute gentiment avec les voisins et leur fils handicapé sur le chemin du boulot, mère de famille au foyer (Jane Alexander, qui portera le film sur ses épaules) s'occupant des enfants et de différentes tâche ménagères... Bienvenue dans les conventions hollywoodiennes des années 1980. Et puis tout dérape. C'est par un petit écran de télé que la nouvelle arrive, perte de communication avec les grandes villes, probable attaque généralisée sur le sol des USA, et puis... le souffle et les éclairs d'une explosion nucléaire. Très sobre, mais très inquiétant.
Et voilà le film lancé sur les rails du survival post-apo qui n'y ressemble absolument pas. Après l'explosion, tout a l'air normal, mais les effets radioactifs commencent à se faire sentir, on voit même Kevin Costner dans un rôle insignifiant se plaindre. Et la violence arrive sans annonce, ce sont les enfants qui tombent en premier, et l'ampleur du désastre prend des proportions exponentielles. Cimetières pleins, incertitude totale, sentiment de perdition... Chronique d'une lente descente aux enfers, dans un registre connexe de "Threads" ou "The Day After" qui reflète l'angoisse géopolitique de son époque. "Testament" cède régulièrement à des automatismes d'écriture grossiers sur le terrain du mélodrame familial poussif, mais la thématique de l'attente de la mort et de la solitude face à la catastrophe reste très surprenante.