C’est le film de Giannoli sur Corinne Luchaire, actrice que je ne connaissais pas du tout , qui m’a donné envie de la découvrir, et le choix de ce film s’est fait par hasard , avec un à priori positif quant au choix de cette adaptation du très bon roman de J. Mac Cain. Ce qui permet de découvrir une pépite du cinéma français de l’avant-guerre, pourtant assez méconnue.
La réalisation de Pierre Chenal est assez standard, de beaux travellings, quelque cadrages intéressants en extérieur , beaucoup de prise de vue en studio, mais il est dans la lignée des grands films noirs réalistes du cinéma français de ces années 30 .Film noir tiré d’un polar très noir , cela fonctionne bien .
Il y a ensuite le scénario très bien adapté par Charles Spaak, probablement le plus grand scénariste, dialoguiste de l’avant et après-guerre , qui a travaillé avec les plus grands. Il souligne ici des grands thèmes intemporels : comme la destinée vs le hasard, les choix que l’on fait qui déterminent notre vie, la sincérité vs l’hypocrisie, tout cela n’a pas vieillit d’un poil.
Pas de temps morts, un montage très serré qui va à l’essentiel, un découpage moderne et surtout des dialogues, percutants digne d’un Audiard : « La vie est belle , oui , mais la vie est courte » ou encore dans la dernière scène face au prêtre « votre paradis j’y croit pas , et votre enfer je m’en fout ».
Mais il y a surtout le jeu d’acteur exceptionnel : Michel Simon qui tient là un de ses meilleurs rôles, on en parle jamais pour ce film mais il est formidable , jouant si juste, en mari trompé, plein de bonté ,de bienveillance , mais naïf , quel jeu ! On retrouve dans le rôle du cousin, le célèbre, à l’époque, Robert Le Vigan, excellent, un peu moins illuminé que souvent, mais quand même petit diablotin , espiègle et roublard, et féroce dans une scène culte, quel charisme. Un peu oublié aujourd’hui, Il passera surtout à la postérité pour être le personnage « La Vigue » dans la trilogie romanesque de Louis-Ferdinand Céline, « D’un Chateau l’autre » . Mais quel acteur .
Un petit rôle complètement « space » , perché, de Florence Marly superbe vamp , qui promène son lionceau en laisse.
Et puis enfin la découverte de Corinne Luchaire, complétement surprenante, atypique, avec un visage d’une beauté froide un peu masculine, sorte de personnage presque androgyne, avec beaucoup de charme, très moderne. On devine, confirmé par le film de Gianoni , la femme libre, indépendante, et libérée quelle était, avec sa bisexualité affirmée, qui transparait dans son jeu. Un voix haut perché, et un jeu envoutant, assez figé. A une autre époque, et dans un autre environnement, c’est une actrice qui aurait pu devenir icône. Elle cochait les cases pour, dommage.