Au lendemain de la seconde guerre mondiale, en 1946, aux Pays-Bas, le capitaine Joseph Piller (Claes Bang, remarquable), un policier d’origine juive avide de justice, soupçonne Han van Meegeren (Guy Pearce), un collectionneur et vendeur d’art fortuné, de s’être enrichi sous l’occupation sur le dos des juifs en vendant d’authentiques tableaux de Johannes Vermeer aux officiels nazis, dont le tableau Le Christ et la parabole de la femme adultère à Hermann Göring. Alors qu’il lutte avec sa hiérarchie pour garder sous sa protection Han van Meegeren, menacé d’un procès expéditif et d’exécution pour collaboration, ce dernier entreprend de se disculper en lui révélant la vérité sur ces tableaux de Vermeer. Des tableaux qui étaient encore inconnus de tous les connaisseurs jusqu’à ce que van Meegeren les ai fait authentifier et vendus aux nazis ainsi qu’à d’autres personnes fortunées.
Inspirée d’une histoire vraie et du roman The Man who made Vermeers de Jonathan Lopez, ce premier film réalisé en 2019 par le producteur et millionnaire Dan Friedkin (et sorti directement en VOD à cause de la pandémie) relate un épisode étonnant de l’histoire de l’art et de l’après-guerre. Interrogeant les notions de justice et de morale, le scénario met en perspective ces événements historiques pour mieux remettre en question notre définition de l’art. De même que l’histoire est écrite par les vainqueurs, l’art lui-même, à savoir ce qui se réclame de la création, de l’expression, et parfois du génie artistique, ne serait conditionné que par le point de vue de soit-disant experts dont l’avis, parfois biaisé ou motivé par l’orgueil, influencerait le plus grand nombre sans n’être plus remis en question par la suite. Si l’on fait abstraction des actions et de l’ambivalence qui se dégage du personnage de Han van Meegeren, ce dernier, arrogant, manipulateur et maniéré, ne cesse durant tout le film d’interroger ses interlocuteurs, ainsi que le spectateur, sur la "vérité" qui se dégage de toute oeuvre artistique ainsi que sur l’importance du regard que chacun de nous pose dessus. Se jouant habilement des grands experts et autres critiques d’art de son époque, manipulant son monde sans pouvoir briller sur son propre nom, le personnage a su venger son ego d’artiste méprisé tout en se condamnant pour cela à frayer avec la lie de l’humanité. D’où ce dialogue final entre les deux protagonistes de cette passionnante parenthèse de la grande histoire, un échange questionnant l’intégrité dont peut (et dont doit) se réclamer tout artiste qui se respecte.
Une réalisation soignée, une superbe photographie et un casting impeccable font de ce The Last Vermeer, pas tout à fait un chef d’oeuvre, non, mais un beau film à découvrir et à admirer. Un peu comme on admire la splendeur d’un tableau inattendu au détour d’une petite galerie d’art. Ici, il s’agira plutôt d’une plateforme de streaming.