Le Despote (The Halliday Brand en vo) est un petit film qui dure moins de 80 minutes. Néanmoins dans ce laps de temps, le réalisateur Joseph Lewis arrive à mettre en place les éléments d'une tragédie efficace sur le thème original pour un Western : l'opposition entre un monde ancien et l'émergence d'un monde nouveau.
Ward Bond est le patriarche du clan Halliday, qu'il dirige d'une main de fer. Il incarne les valeurs patriarcales et conservatrices des années 50 (le puritanisme et l'entre-soi). Mais ce petit microcosme va voler en éclats quand sa fille (Betsy Blair) tombe amoureuse d'un métis. Cette situation étant insupportable pour Big Dan Halliday, il abuse de sa situation de Shériff pour livrer le malheureux à la vindicte populaire, et ainsi restaurer l'honneur familial. Mais ce lynchage inique ne sera pas sans conséquences. Le fils prodigue (Joseph Cotten) abandonne le clan et coupe tous liens avec l'odieux despote.
Le récit se déroule par flash-back quand le fils retourne au chevet de son père mourant, mais il n'y a pas de réconciliation possible, et la haine entre le père et le fils est habillement mise en scène par la caméra de Joseph Lewis.
Le look minimaliste et les intérieurs de studio stylisés sont bien utilisés et ajoutent au sentiment d'oppression généré par le film. Le ton n'est donc pas à l'épopée lyrique, ce western se déroule dans un quasi huis-clos. Il n'y a guère de scènes d'action, et l'intrigue est avant tout psychologique. Le film prends tout son sens quand on le replace dans son contexte : l'émergence de la contre-culture des années 60 et le mouvement des droits civiques. Le pater familias représente l'Amérique des années 50 qui doit laisser sa place à une société plus égalitaire représenté par le fils.