Les parents de Bert I. Gordon lui avaient parfaitement choisi ses initiales : BIG comme son goût pour les nombreuses grosses bêbêtes qu’il a souvent mis en scène dans ses amusantes séries B. Avec Le Détraqué, il sort de son domaine de prédilection pour livrer un thriller à l’excellent postulat. Deux hommes, un violeur et un poseur de bombes, sèment la terreur dans un Los Angeles qui n’a plus rien de la ville idyllique des années 1960. Un policier obstiné, qui est convaincu que le violeur a vu le visage du poseur de bombes, se lance à sa recherche en dépit de la désapprobation de sa hiérarchie. Trois hommes, trois personnalités différentes, trois personnes marquées par la vie, deux détraqués et un flic entêté jouent au jeu du chat et de la souris pendant 1h30. Sur le plan psychologique, le film ne va pas beaucoup plus loin. Le poseur de bombes en veut à la société entière parce que sa fille a été ravagée par la drogue (exit la vision « Flower Power » des années 1960), le violeur est un consommateur compulsif de sexe avec la complicité de sa femme (exit la vision angélique de la famille des années 1950) et le flic est un homme solitaire qui ne vit que pour son métier, sa femme l’ayant quitté pour se remarier à un autre.
Dommage que Bert I. Gordon ne creuse pas davantage ses portraits et ne réussisse pas à exposer avec plus de finesse les névroses de ses personnages car ce trio aurait pu nous offrir des relations plus complexes. Mais le choix du réalisateur est clairement celui de la série B et on ne saurait lui en tenir rigueur. S’appuyant sur une musique grinçante gentiment anxiogène, il livre un thriller honnête mais forcément opportuniste. Les séquences de nues sont ainsi très nombreuses et, le plus souvent, totalement gratuites. Les scènes d’explosion s’accompagnent de visions doucement gore des victimes. Ces éléments exceptés, on se croirait dans un téléfilm de l’époque. Heureusement, le tout est suffisamment rythmé pour créer une réelle dynamique autour du récit. Les trognes de Chuck Connors en poseur de bombes associable et de Neville Brand en détraqué sexuel font merveille. Entre les deux, Vince Edwards paraît plus fade même si son interprétation est convaincante, son personnage étant paradoxalement le plus complexe mais le moins exploité.
La vision très urbaine de Los Angeles (notamment dans le plan final où l’inspecteur est, en contre-plongée, comme cerné et écrasé par deux gratte-ciel) sort des habitudes et démontre une véritable originalité. Dommage, une fois encore, que le réalisateur n’aille pas vraiment au bout de toutes ses idées. On pourra, à ce titre, lui reprocher un final plutôt décevant qui propose une confrontation minimaliste entre les personnages, là où on aurait attendu une conclusion excessivement tendue ou violente. Ces rendez-vous manqués sont la grande faiblesse d’un film au pitch prometteur.
5,5