Le Détraqué
5.9
Le Détraqué

Film de Bert I. Gordon (1973)

Les parents de Bert I. Gordon lui avaient parfaitement choisi ses initiales : BIG comme son goût pour les nombreuses grosses bêbêtes qu’il a souvent mis en scène dans ses amusantes séries B. Avec Le Détraqué, il sort de son domaine de prédilection pour livrer un thriller à l’excellent postulat. Deux hommes, un violeur et un poseur de bombes, sèment la terreur dans un Los Angeles qui n’a plus rien de la ville idyllique des années 1960. Un policier obstiné, qui est convaincu que le violeur a vu le visage du poseur de bombes, se lance à sa recherche en dépit de la désapprobation de sa hiérarchie. Trois hommes, trois personnalités différentes, trois personnes marquées par la vie, deux détraqués et un flic entêté jouent au jeu du chat et de la souris pendant 1h30. Sur le plan psychologique, le film ne va pas beaucoup plus loin. Le poseur de bombes en veut à la société entière parce que sa fille a été ravagée par la drogue (exit la vision « Flower Power » des années 1960), le violeur est un consommateur compulsif de sexe avec la complicité de sa femme (exit la vision angélique de la famille des années 1950) et le flic est un homme solitaire qui ne vit que pour son métier, sa femme l’ayant quitté pour se remarier à un autre.


Dommage que Bert I. Gordon ne creuse pas davantage ses portraits et ne réussisse pas à exposer avec plus de finesse les névroses de ses personnages car ce trio aurait pu nous offrir des relations plus complexes. Mais le choix du réalisateur est clairement celui de la série B et on ne saurait lui en tenir rigueur. S’appuyant sur une musique grinçante gentiment anxiogène, il livre un thriller honnête mais forcément opportuniste. Les séquences de nues sont ainsi très nombreuses et, le plus souvent, totalement gratuites. Les scènes d’explosion s’accompagnent de visions doucement gore des victimes. Ces éléments exceptés, on se croirait dans un téléfilm de l’époque. Heureusement, le tout est suffisamment rythmé pour créer une réelle dynamique autour du récit. Les trognes de Chuck Connors en poseur de bombes associable et de Neville Brand en détraqué sexuel font merveille. Entre les deux, Vince Edwards paraît plus fade même si son interprétation est convaincante, son personnage étant paradoxalement le plus complexe mais le moins exploité.


La vision très urbaine de Los Angeles (notamment dans le plan final où l’inspecteur est, en contre-plongée, comme cerné et écrasé par deux gratte-ciel) sort des habitudes et démontre une véritable originalité. Dommage, une fois encore, que le réalisateur n’aille pas vraiment au bout de toutes ses idées. On pourra, à ce titre, lui reprocher un final plutôt décevant qui propose une confrontation minimaliste entre les personnages, là où on aurait attendu une conclusion excessivement tendue ou violente. Ces rendez-vous manqués sont la grande faiblesse d’un film au pitch prometteur.


5,5

Créée

le 19 févr. 2025

Critique lue 14 fois

PIAS

Écrit par

Critique lue 14 fois

3

D'autres avis sur Le Détraqué

Le Détraqué

Le Détraqué

5

Fatpooper

14112 critiques

Le plus fou des trois

Un poseur de bombe, un violeur et un flic prêt à tout pour les arrêter. Voilà une idée bien fun. Malheureusement l'intrigue est parfois faiblarde, la faute à quelques facilités et à un manque de...

le 24 sept. 2013

Le Détraqué

Le Détraqué

4

Torrente

42 critiques

Les 3 petits cochons

Correct, bien que longuet par moment, ce téléfilm policier californien typique de son époque se révèle plus ambitieux qu'il en avait l'air. Mixant deux arcs narratifs se recoupant et se croisant...

le 23 mars 2023

Le Détraqué

Le Détraqué

6

RENGER

4680 critiques

Un polar nihiliste, jusqu’au-boutiste et superbement interprété.

Los Angeles est secouée par une série d’attentats à la bombe et une recrudescence de viols. S’il veut mettre un terme à ce déchaînement de violences, l’inspecteur Géronimo va d’abord devoir arrêter...

le 15 sept. 2023

Du même critique

Le père Noël est une ordure

Le père Noël est une ordure

9

Play-It-Again-Seb

1151 critiques

Du culte en haut de la cheminée

La comédie est un art difficile et ingrat. Quand elle est ratée ou même moyenne, elle est plus vilipendée que les autres genres, sous prétexte qu’elle est prétendument moins ambitieuse et qu’elle...

le 24 mars 2022

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

7

Play-It-Again-Seb

1151 critiques

Le retour de la griffe Goscinny-Uderzo

Depuis la reprise de la série par Ferry et Conrad, nos amis gaulois avaient une sacrée gueule de bois. La disparition de René Goscinny avait déjà très sérieusement entamé la qualité des albums même...

le 22 oct. 2021

Terreur aveugle

Terreur aveugle

8

Play-It-Again-Seb

1151 critiques

Bottes de cuir sans chapeau melon

Le sujet de la proie aveugle n’est pas entièrement nouveau puisqu’il a déjà été traité dans, notamment, Seule dans la nuit quelques années plus tôt. Le parti-pris de ce film écrit par Brian Clemens...

le 18 nov. 2022