Il faut aborder ce film en en connaissant le moins possible pour ne pas abîmer la force qui se déploie tout au long de ces 4 histoires.


Car son titre qu'on pourrait penser rassurant (si le Diable n'existe pas c'est donc que le Mal lui même n'existe pas non plus) cache une réalité bien plus sombre.


Le film capte les douleurs vives d'un peuple blessé et d'un pays aux lois inhumaines avec une gravité et une finesse symbolique et fictionnelle cinglante.
Ces quatre récits comme un seul, superbement liés, sont habités et plombés par la mort et la culpabilité, les rendant parfois presque insoutenables par la violence qu'ils sous-tendent en permanence et l'horreur que, par une grande habileté d'écriture (qu'on pourrait juger artificielle et mal venue car jouant avec les fausses pistes et l'imagination morbide de son spectateur, imaginant toujours le pire), ils laissent toujours deviner.


Prenant pour point de départ un geste politique d'une insolence noire follement audacieuse (le premier "épisode" est ainsi profondément marquant et ne laissera certainement personne indemne par sa déconstruction cynique et rampante d'un quotidien attendrissant), le film mène progressivement, par la beauté de ses images, vers l'apaisement, une sérénité comme l'avoue un (beau) personnage, voire peut-être même une certaine joie, malgré les plaies ouvertes et les souffrances étouffées qu'il réveille sans cesse.


Il y a autant d'espoir que de désespoir dans ce film qui, face à la honte d'un peuple envers un gouvernement aux lois martiales et son système militaire véreux (on ne peut ainsi que célébrer le courage politique dont fait preuve le réalisateur Mohammad Rasoulof), trouvera une paix probable à l'échelle individuelle de personnages de résistants proprement cinématographiques, ou dans le bonheur fugace du cercle familial. Mais évidemment jamais, jamais, à l'échelle nationale d'un pays qui semble définitivement perdu.


Le Diable n'existe pas est donc un titre subtil ; car si en effet le Diable n'existe pas, le Mal, lui, est partout et c'est en définitive l'Homme son plus fidèle instrument et son incarnation la plus crasse.

Charles_Dubois
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le 25 janv. 2022

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Charles Dubois

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