Fabrice Du Welz s’approprie l’affaire Marc Dutroux et construit brillamment le point de vue de Paul Chartier (Anthony Bajon), personnage fictif, le gendarme qui n’a pas sauvé les enfants.
Dans la Belgique des années 1990, les différents corps de police et gendarmerie sont concurrents. Les individualités s’expriment aussi fortement, et participent de l’inefficacité systémique. Dans ce contexte, on s’attache à Paul Chartier sur plusieurs années, poursuivant lui-même une quête personnelle dans cette ancienne ville industrielle. Evoluant dans plusieurs mondes sans vraiment appartenir à l’un d’eux, il y côtoie des personnages secondaires nombreux et complexes pour certains.
Anthony Bajon (Paul), Alba Gaïa Bellugi (Jeanne), Alexis Manenti (Luis), Lopez et Lucas sont convaincants, cependant, les camarades Dalle, Berroyer et Doutey le sont moins. Beaucoup de comédiens de troisièmes rôles sont non-professionnels, la petite touche d’authenticité.
Le réalisateur, habité par cette affaire depuis l’enfance, tente de décrire le mal qui s’exerce aussi bien dans la cave d’un pédophile que dans des bureaux de police ou d’administrations. La figure maternelle omniprésente s’oppose à cela, porteuse du cheminement vers le bien et les solutions (Il manquera toutefois quelques mères importantes… ).
Le Dossier Maldoror, selon le réalisateur, relate 80% de faits et 20% de fiction, et peu importe car ce n’est pas un documentaire. Le film assume la thèse du réseau pédophile étendu, et c’est ce qui en fait un plutôt bon film. Il ne met pas non plus les deux pieds dans le conspirationnisme et les zones d’ombre deviennent un espace de créativité.
Les 2h32 permettent d’étaler une forme hybride et de développer les situations : Les moments de comédie, puis la transformation en Jason Bourne, seul contre tous, fonctionnent bien. Seul dans plusieurs mondes : les jours heureux de la communauté Italienne, bulle préservée, contrastent avec l’extérieur trouble et immorale, évoquant Voyage au bout de l’enfer. Le Dossier Maldoror laisse toutefois une très petite place à l’horreur des victimes de l’Affaire Dutroux.
Placer un personnage fictif sur lequel repose les thématiques de l’histoire, dans un contexte d’histoire « vraie », est un procédé créatif que j’apprécie. J’ai toutefois trouver la mise-en-scène parfois brouillonne, certaines longues séquences intenses m’étaient difficiles à saisir ou manquaient de crédibilité. J’aurais aimé que le switch fictif apparaisse plus rapidement dans la narration, pour en voir plus.