L'unique réalisation de Pierre Fresnay n'est pas précisément un bon film mais elle est une vraie curiosité. Le duel en question est celui qui oppose philosophiquement deux frères. L'un est le chirurgien Maurey (Raymond Rouleau), qui répare les corps donc, matérialiste et mécréant comme il se doit ; l'autre est un abbé joué par Pierre Fresnay himself, tonsure comprise, et l'acteur semble complètement à son aise en enfilant la robe...
Le film est un film de bigot et ne lésine pas sur les bondieuseries, même si le médecin a son mot à dire et qu'il est pertinent. Lequel des deux gagnera le "duel", dont l'enjeu est une femme mariée, amoureuse de Maurey et tentée par l'adultère. Yvonne Printemps figure assez stupidement la femme potentiellement pécheresse ballotée entre les deux influences contraires. Elle semble reléguée, dans cette histoire, à sa condition de sexe faible, les deux frères Maurey se chargeant de réfléchir pour elle... C'est arbitré par un Raimu insolite, prêtre tout de blanc vêtu, barbe et cheveux blancs, qui symbolise probablement l'Esprit Saint corrigeant les excès de pensée de l'un et l'autre frères. Surréaliste (ou ridicule, c'est selon) !
Fresnay est partial, c'est évident. Son catéchisme -à propos du mariage tout particulièrement- est tout ce qu'il y a de plus rétrograde jusqu'à paraitre à la fin celui d'un intégriste. Sans qu'on sache vraiment si cela correspond au personnage ou à l'acteur-réalisateur lui-même, tellement investi. Son emprise spirituelle sur Thérèse, à coup d'interdits et de confession à tout bout de champ, rendent l'abbé et ses prérogatives assez insupportables.
Film court, au scénario étriqué, "Le duel" ressemble à une synthèse-antithèse spirituelle en accéléré.