Bogart enfile sa tenue de détective privé
Contrairement à ce qui s'en dit, le Faucon maltais n'a rien d'un chef d'œuvre. Non, il s'agit simplement d'un bon film de 1941, qui a le mérite d'avoir défini les codes du cinéma noir : pour la première fois de sa carrière, Humphrey Bogart incarne un détective privé cynique et désabusé, et ce type de rôle lui collera à la peau jusqu'à sa mort.
Sans être incompréhensible, l'intrigue est passablement tordue : pour l'époque, le montage est nerveux, et les scènes courtes s'enchaînent rapidement, du moins jusqu'à l'arrivée du fameux faucon. Dès lors, le film se transforme en huis clos convenu, et la tension retombe vite. Le principal problème vient du casting : les seconds rôles semblent bloqués dans le formol des années 30, et Bogart a bien du mal à trouver un partenaire capable de lui donner la réplique sans donner l'impression de réciter son texte. Impossible par exemple de croire à l'histoire d'amour que John Huston essaie de nous vendre à la fin du film, tant l'alchimie est inexistante entre les deux personnages concernés.
Vous l'avez compris, le Faucon maltais vaut essentiellement le détour si l'on est fan d'Humphrey Bogart et de ses tics faciaux. Tout à tour cupide, filou et provocateur, Sam Spade est au fond un personnage vertueux qui permet à "Bogie" de faire étalage de ses talents d'acteur et, c'est assez rare pour être signalé, de sourire à l'écran.